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 Eileen •• Red moon

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▌Citation :
Parmi toutes les variétés de l'intelligence découvertes jusqu'à présent, l'instinct est, de toutes, la plus intelligente. Friedrich Nietzsche

▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 37 ans.
▌Ancienne maison : Serdaigle
▌Sang : Mélé
▌Humeur : lunatic mood.
▌Emploi : Ancienne médicomage, actuellement mère au foyer.
▌Crédit(s) : (c) broccoli pie

MessageSujet: Eileen •• Red moon    Sam 10 Juil - 11:21


EILEEN CATRIONA WEMBLEY
feat. Marion Cotillard.
Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup! c'est la loi.
Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi!
Le gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide

CHARLES BAUDELAIRE. L'HORLOGE

CARTE D'IDENTITÉ.

Nom: WEMBLEY, veuve LANGENBERG. Mon nom de jeune fille, mais aussi le nom d'illustres sorciers. Mon père était un homme important au ministère, et ma mère était une épouse exemplaire, quoiqu'un peu trop stricte et trop peu aimante, tout du moins au début. J'ai épousé Peter Langenberg, un skipper d'origine néerlandaise disparu en mer un an auparavant. J'ai porté pendant un moment son nom, mais étant veuve, j'ai repris mon nom de famille. Mes enfants quant à eux se nomment LANGENBERG.
Prénom(s): Eileen & Catriona. Deux prénoms à consonnance Irlandaise, mais nous n'avons aucun ancêtre irlandais dans notre arbre généalogique. Ma mère les a choisis parce qu'ils avaient une signification particulière pour elle. Je porte le prénom de mon arrière grand-mère, femme illustre de son état, et Catriona est le prénom d'une de mes grand-mères.
Age & Année : Actuellement j'ai trente sept ans, et Dieu merci, je ne suis pas encore totalement ridée. Cela ne m'empêche pas de les traquer, ceci dit. Bientôt, dans trois ans, j'aurai l'infini honneur de connaître le blues de la quarantaine, et cela m'effraie. L'idée de vieillir m'a toujours répugné, et me répugne d'autant plus que mon enfance et mon adolescence ont été gâchées par de vieux souvenirs, que je m'efforce d'oublier du plus que je puis.
Date & Lieu de Naissance: Je suis née un 17 Mars 1995. Le jour de la Saint Patrick très précisément, le saint patron de l'Irlande. Cet homme était un prêcheur, peut-être qu'en naissant à cette date, ma destinée était toute tracée.
Sang: Mêlé. Bien que dans ma famille ils soient tous sorciers, le sang n'est pas vraiment pur. Nous provenons de l'aristocratie anglaise, nous sommes éminents dans le monde magique. Malheureusement, notre sang est presque sacré, notre famille ne souhaite pas forcément qu'il se répande, les Wembley apparaissant comme une presque secte. Mais quoiqu'il en soit, la consanguinité existe, et c'est un phénomène auquel je ne peux pas vraiment changer grand chose. C'est de là que proviennent sans aucun doute les problèmes psychiatriques survenus dans la famille. On parle même de malédiction, aucun d'entre nous n'a été épargné. Le sang Wembley n'est pas ce qu'il paraît être, il est maudit.
Ancienne Maison : Serdaigle. Je n'ai jamais compris pourquoi le Choixpeau m'avait envoyée dans cette maison, quand bien même j'étais prédestinée à appartenir à Serpentard, comme le restant de ma famille. Il fallait dire que je n'avais pas grand chose d'une Serdaigle, j'étais bien trop turbulente pour représenter le calme et la sérénité qui leur sont propres.
Emploi : J'ai occupé pendant longtemps un poste de médicomage à Sainte Mangouste, peu avant la recrudescence de ma dépression, laquelle me bloqua presque chez moi. J'ai arrêté de travailler à la naissance de Sarah, mon premier enfant.

DÉTAILS

Orientation sexuelle: Hétérosexuelle.
Baguette Magique: Je n'ai plus de baguette magique actuellement, ne ressentant pas le besoin d'en avoir une en permanence. Je vis comme une Moldue, recluse, me sentant en sécurité, bien que je sois désormais une femme au foyer, ne reniant pas mes origines magiques pour autant. Je ne m'en suis pas débarrassée, je l'ai juste cachée dans un coffre se trouvant à l'étage, dans ma chambre. Elle est en bois de hêtre, et contient un ventricule de coeur de dragon, symbole de force. Elle mesure environ vingt-deux centimètres, elle est particulièrement rigide et rapide, idéale pour la métamorphose, matière pour laquelle j'excellais, j'aurais pu l'enseigner si j'avais été plus pédagogue, et surtout, si j'en avais ressenti l'envie.
Balai: Je n'ai pas de balai, ayant une sainte horreur de ce moyen de transport. J'ai facilement le vertige et me déplacer par les airs me paraît tout bonnement impensable. Ainsi, je n'ai jamais joué au Quidditch, que je trouvais sans intérêt de toute manière. Chez les Wembley, ce n'était absolument pas une institution, bien au contraire, ce sport tant adulé par la plupart des sorciers, chez nous, était tout simplement honni.
Animaux: Je n'ai pas de chat, ni de chien. Peut-être un hibou pour poster le courrier. Mais dans mon salon e se trouve une cage avec des perruches. J'ai aussi un furet, qui grimpe un peu partout. Il n'a pas de nom, selon moi, affabuler un nom débile à un animal est dégradant, en plus d'être inutile.
Forme du Patronus: Contrairement à ce qu'on pourrait croire, je n'ai jamais vraiment été capable de produire un patronus digne de ce nom, seules de simples volutes argentées émanaient de ma baguette. Je n'avais probablement pas de souvenirs suffisamment heureux pour en mettre en oeuvre un plus important. Tant pis.
Forme de l'Epouventard: J'ai toujours eu plusieurs peurs, notamment celle de vieillir, de flétrir, de pourrir sous les assauts de l'âge. Cependant, mon épouvantard ne représenterait pas de bestioles improbables, la mort, ou autres. Il aurait le visage de ce bébé aux cheveux bruns et aux yeux ambrés que j'ai abandonné dans un orphelinat non loin d'Oxford, terrifiée à l'idée d'être mère prématurément. Le visage de l'enfant, mon enfant me hante parfois, je me demande ce qu'elle a pu devenir, car oui,c'est une fille. A d'autres moments, mon épouvantard pourrait prendre l'apparence d'Andrea, mon ex meilleure amie, qui s'est suicidée alors qu'on était encore à Poudlard. son image me hante car je sais que c'est en partie de ma faute qu'elle s'est tuée.

Spoiler:
 


Dernière édition par Eileen C. Wembley le Dim 15 Aoû - 13:20, édité 4 fois
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▌Citation :
Parmi toutes les variétés de l'intelligence découvertes jusqu'à présent, l'instinct est, de toutes, la plus intelligente. Friedrich Nietzsche

▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 37 ans.
▌Ancienne maison : Serdaigle
▌Sang : Mélé
▌Humeur : lunatic mood.
▌Emploi : Ancienne médicomage, actuellement mère au foyer.
▌Crédit(s) : (c) broccoli pie

MessageSujet: Re: Eileen •• Red moon    Sam 10 Juil - 11:22

PROLOGUE: WHEN LIFE HAS SHATTERED INTO PIECES.


Une fois, on m’a posée la question suivante: est-il possible de racheter les fautes commises dans son passé sans vendre pour autant son âme au diable? J’avais beau prétendre avoir réponse à tout, je n’ai cependant jamais réussi à y répondre, même après avoir réfléchi des heures durant. Sur le moment, la question m’a même parue futile, comme dénuée d’intérêt. De telles élucubrations philosophiques et existentielles allaient clairement à l’encontre de mon esprit bien trop cartésien. A présent, tandis que je couche sur le papier mes quelques idées chaotiques, démarche qui allait probablement me mener droit au suicide intellectuel ,il m’arrive encore d’y penser, cherchant obstinément une réponse. Je suis Eileen Catriona Wembley, veuve de son état et ancienne chercheuse à l’hôpital Sainte-Mangouste, et je suis en train de rédiger mon mémoire. Que pourrait donc chercher une telle personnalité du monde magique à poursuivre un tel but? La question est légitime, et cette fois, j’ai une réponse. Je suis en quête de rédemption. Je suis de ces personnes qui ont besoin de trouver une solution à la première énigme que j’ai alors posée. J’ai tenté en vain de m’exorciser de mes vieux démons, sans succès. Ils finissent toujours par revenir, quoique l’on puisse faire. Rien n’est dû au hasard, tout est calculé: il ne s’agit ni plus ni moins que de la conséquence directe de nos choix, plus ou moins raisonnables. Il suffit d’une chose ou l’autre pour que penche la balance, pour que la paix soit troublée par un chaos indicible. Je suis de ceux dont la vie a basculé, car elle ne tenait qu’à un fil. Je suis de ceux qui ont fait les mauvais choix, mais qui étaient trop fiers pour l’admettre. Non contente de m’enfoncer dans ma propre déchéance, je n’ai pas manqué d’y emmener d’autres personnes, pourtant chères à mon cœur. Il s’agit là d’une des multiples origines de mon veuvage.

J’ai fini par décrocher les photos de nous deux, vestiges de notre vie passée. C’était bien trop douloureux, la culpabilité enserrait mon cœur exsangue de son étau meurtri. Mes larmes avaient fini par tarir tant elles avaient coulé. J’ai toujours donné l’apparence d’une femme froide, sans cœur, trop à cheval sur ses principes. J’ai toujours privilégié ma carrière à ma vie affective, peut-être à tort. J’ai fermé mon être à tout dragueur, car la nature avait voulu que je ne sois pas trop laide. Pour moi, chaque chose se faisait en son temps. Et mon emploi du temps surchargé à l’époque ne me laissait pas le temps pour les nouvelles rencontres. Et quand on m’offrait, par le plus grand des hasards, un rendez-vous, je déclinais poliment, prétextant devoir travailler sur je ne sais quel dossier, difficile paraissait-il. Le savoir était mon seul amour, la connaissance ma seule amie. Les livres mes plus fidèles compagnons. Et nulle autre personne ne pouvait se targuer d’interférer avec eux, tant le genre humain me désintéressait. La donne changea du tout pour le tout quand je rencontrai mon cher mari, qui fut d’abord un talentueux collègue. J’eus un sourire tendre en caressant l’alliance qui demeurait à mon doigt, symbole éternel de notre union désormais révolue, les larmes commençant à me monter aux yeux comme à chaque fois que je pensais à lui. La nostalgie venait contrebalancer le tout, apaisant un tant soit peu la plaie bien trop béante, laquelle, j’en étais persuadée, ne guérirait sans doute jamais. Il y a quelques années de cela, émettre une quelconque pensée relative au mariage relevait de l’utopie, par conséquent, me voir passer la bague au doigt était un vrai petit miracle.

A présent, ma mémoire me joue des tours. Ma vie s’est nettement altérée, elle n’a plus la même saveur et la même consistance d’antan. Je vis avec des bribes de souvenirs, lesquels se sont vite retrouvés mitigés aux rêves qui ont longtemps peuplé mon esprit et qui ne se sont jamais concrétisés. Je commence à me faire vieille, bien que je n’aie que trente-huit ans, je sens le temps défiler, impitoyable, m’ôtant du même coup mes souvenirs, de façon irrémédiable. C’est peut-être pour contrer cet ennemi naturel que je me suis mise en tête d’écrire une biographie, quoiqu’un peu romancée. Mais ce récit de ma vie ne sera en rien exhaustif et exact: il ne s’agit là que de ma propre perception des évènements, que mon esprit a sans aucun doute enjolivés avec le temps. Probablement, les choses étaient pires, peut-être un peu mieux. Dans tous les cas, j’essaie de restituer autant que possible ces quelques bribes de ma vie, lesquelles, je l’espère, vous aideront à cerner davantage ce que je suis.

CHAPITRE 1. ESPECE DE BOURGEOISE MAL LECHEE!


« Eileen! » Par Merlin, je haïssais cette voix. Moins je l’entendais et mieux je me portais, et pourtant, je ne pouvais décemment pas faire sans. Les rappels à l’ordre et autres remontrances faisaient immanquablement partie de l’éducation d’un enfant. « Eileen! » La voix se faisait d’autant plus impatiente que je faisais la sourde oreille, nullement empressée de répondre. Sans doute l’avait-elle devinée, l’appel était nettement plus sec que le précédent. Je me tenais debout, devant le miroir, bien trop mal fagotée pour une petite fille de mon rang. Je n’avais plus qu’une couette sur les deux, un de mes bas était déchiré, et dans le dos, ma robe était à moitié ouverte, les bretelles flottant sur mes épaules bien trop frêles. Ma mère allait sans doute faire une crise cardiaque si elle me voyait ainsi accoutrée, d’autant plus que pour me changer, j’avais jugé bon de mettre toutes mes affaires à terre. L’air perplexe, j’examinais une à une les belles robes étalées au sol, sans parvenir à me décider. Etant dans ma phase non, je les trouvais toutes moches, et je refusais de les porter à chaque fois que ma mère me les proposait. L’air exagérément boudeur, je m’assis sur le bord du lit, mes petites jambes balançant dans le vide, tandis qu’une des bretelles s’était fait la malle et flottait mollement sur mon bras. Je ne me fus pas immobilisée que déjà j’entendais des bruits de pas dans l’escalier. Fatiguée d’attendre mon bon vouloir, qui tardait visiblement à se manifester, elle avait pris l’initiative de venir me chercher, et là, ça n’annonçait rien de bon. « Eileen, j’arrive! » Qu’elle arrive donc. Cela ne me faisait ni chaud ni froid. Ce n’était pas pour autant qu’ici, ça allait être le branle-bas de combat. Je n’allais sûrement pas l’accueillir avec le salut militaire, elle pourrait donc s’égosiller autant qu’elle le voudrait, je n’allais sûrement pas bouger. Même s’il y avait fort à parier qu’elle allait me punir.

La porte de la chambre s’entrouvrit, laissant passer la silhouette sèche et noueuse de la matriarche. Son air pincé et fortement désapprobateur ne laissait présager rien de bon en ce qui pouvait concerner mon pauvre sort. Je levai la tête, alors que j’étais toujours assise sur ce lit, fortement déterminée à ne pas en bouger. En l’espace d’un instant, une expression horrifiée vint hanter ses traits mal-aimables, tandis qu’elle avisait du regard le monstrueux fatras dont j’étais, apparemment, la seule responsable. « C’est ainsi que je vous ai appris à ranger vos affaires, Mademoiselle? » Le vouvoiement était de mise, ainsi que les tournures grandiloquentes. J’avais fini par m’y habituer, après tout, c’était le lot des gosses qui avaient la déveine de vivre dans ces grandes familles à l’échelle industrielle, n’ayant aucune once d’attachement les uns envers les autres. J’étais de ces gosses qui ne connaissaient pas l’amour maternel, encore moins la présence d’un père, le mien paraissait-il faisait en ce moment des heures supplémentaires au Ministère, occupant je ne sais quel poste qui méritât qu’on y accorde plus d’importance qu’à sa fille unique et pourtant pas préférée. Rosalyn, la gouvernante, ne fut pas encore entrée dans la vaste pièce, déraisonnablement grande pour une petite fille de six ans, que déjà Mère était en train de la gronder, la tenant pour responsable de son chantier, et plus généralement de l’état dans lequel je me trouvais présentement. « Par Merlin Rosalyn, que fichiez vous tout ce temps! Regardez l’état dans lequel elle se trouve, les Richardson vont arriver d’une minute à l’autre! Et rangez moi ce foutoir, on peine à marcher correctement par ici! » Dans un bruissement d’étoffe, la sèche dame s’éloigna, laissant Rosalyn dans le plus grand des embarras.

La gouvernante se tourna vers moi, sourcils froncés, poings sur les hanches. Rose -c’est ainsi que je la surnommais- était une femme d’un certain âge, petite et replète, toute dévouée à sa cause. Elle prenait son travail bien trop à cœur, cirant à l’occasion les pompes de mes parents -si on peut les considérer comme tels, géniteurs était sans doute un terme plus approprié. Croyez le ou non, c’est cette conscience professionnelle qui parfois avait le don de m’agacer, j’avais parfois l’impression de passer derrière toutes ces obligations, d’être particulièrement obsolète. Une petite moue se dessina sur mon visage de poupée, tandis qu’à son tour Rosalyn me grondait. « Je n’ai jamais voulu offenser Madame Soledad d’une quelconque façon que ce soit! Je vais m’empresser de ranger tout ce bazar que vous m’avez fichu, oui, vous Mademoiselle Eileen, c’est à vous que je cause! » Je me mordais la lèvre inférieure pour ne pas rire du désarroi de Rosalyn qui commençait déjà à s’activer, ramassant mes robes désormais froissées, tout en marmonnant des reproches que je n’écoutais qu’à moitié, ne me sentant guère concernée. « Bien entendu, je dois ranger vos robes, mais vous devez encore vous préparer pour la soirée. Regardez vous donc, vous êtes dans un état épouvantable! » Elle abandonna celle qu’elle tenait sur mon lit, non sans les avoir remises sur leur porte-manteau auparavant. Rose vint me saisir par le bras, pour m’inciter à me lever, puis elle entreprit d’épousseter la robe où étaient encore collés quelques brins d’herbe. « On vous a pourtant déjà dit de ne pas jouer dans l’herbe quand celle-ci était en train d’être arrosée, encore moins quand elle venait d’être tondue! » Elle laissa échapper un long soupir tandis qu’elle découvrait le carnage. J’étais pleine de terre et de tâches vertes, dues au frottement de l’étoffe sur le gazon. Je n’osai pas dire que c’était William, le jeune jardinier qu’ils avaient embauché pour l’été, qui m’avait arrosée sur demande. Je préférais sans nul doute que Rosalyn s’en tienne à sa propre version des faits.

« Eileen! » Encore cette voix. Que me voulait-elle encore? « Eileen, venez dire bonjour à votre père! » Je grimaçai. Rohan était rentré, après avoir passé plusieurs jours au bureau sans daigner venir nous voir. Je n’avais aucune envie de satisfaire la demande de ma mère, et pourtant… « Mademoiselle Eileen, vous feriez mieux d’y aller. » Ca l’agaçait probablement de me laisser y aller dans un tel état, mais les ordres étaient les ordres, mieux valait ne pas trop discuter. A petits pas, je descendis les escaliers, mains sur la rambarde. Rohan avait déjà donné sa veste au domestique, qui s’était empressé d’aller la ranger à son endroit habituel. Il avait laissé son attaché-case au sol, et déjà il se trouvait dans le salon, à échanger diverses poignées de mains aux personnes qui se trouvaient déjà là. Je sautai la dernière marche, faisant grincer le parquet. Soledad leva les yeux au ciel. « Il faut toujours que vous vous fassiez remarquer, Eileen. » Je m’étais retenue de lancer une réplique bien sentie. Cela pourrait peut-être vous étonner, mais à six ans je faisais déjà preuve d’une certaine répartie. Ce qui faisait rire le jardinier, mais malheureusement pas ma mère. Qu’y puis-je si elle était imperméable à l’humour? Je me contentai simplement de lui dédier un regard noir, ce qui à ma grande surprise la fit éclater de rire. « Vous êtes ridicule, ma fille. Vous feriez mieux de filer doux et de baisser les yeux, ce n’est pas comme ça que je vous élevée. » Cette fois, je ne pus me retenir. Je ne pouvais pas la laisser attaquer Rosalyn puisque c’était cette dernière qui m’a élevée, Soledad ne voulant rien avoir à voir avec une mioche. « oui, en admettant que vous m’ayez élevée, Mère. » Son air renfrogné au possible me réjouit. J’avais vu juste, tandis que Rosalyn piquait un fard. Je m’emparai de la main de la gouvernante, tout en souriant d’un air goguenard. « Rosalyn a fait les choses bien mieux que vous ne l’auriez fait, n’est-ce pas? » A présent, c’était Rosalyn qui me grondait, peu encline à être en ce moment le centre de l’intention. Si elle ne voulait pas vexer la dame Soledad, c’était plutôt raté. Ma mère pinça les lèvres, me lançant un regard plus venimeux que jamais. « Petite peste, je vais vous apprendre à me donner le respect que vous me devez! Puisque vous êtes si forte en gueule, allez donc contester la punition qui est la vôtre. Vous serez punie, et ce jusqu’à nouvel ordre. Vous serez en pénitence du matin au soir, en train de copier des lignes! Que cela vous serve de leçon! » Sur ce, elle tourna les talons et alla s’affairer probablement en cuisines, d’où émanaient les premiers fumets du repas de ce soir. Je souriais de toutes mes dents, tandis que mon père me regardait, livide. Puis, me rappelant de ce pourquoi j’étais venue, je lui adressai un grand sourire. « Bonjour, père! » avant de m’enfuir en courant dans le jardin.

**

William était en train de tailler les haies à l’aide de sa baguette magique tandis que j’étais en train de bouder sur le banc, non loin de lui. Aussi loin que je me rappelle, je l’avais toujours trouvé très beau, avec ses cheveux bruns, son teint hâlé, et ses yeux sombres. Comme nous étions en plein été, le jardinier travaillait torse nu. De fines gouttes de sueur ruisselaient sur sa peau, chauffée par un soleil de plomb, un soleil d’août. M’apercevant, il décala son échelle et vint à ma rencontre. « Tu boudes, petite? » Je grimaçai légèrement, ayant horreur qu’il m’appelle petite. Mais William semblait imperméable à mes revendications, persistant dans l’erreur. Je lui jetai un regard noir, avant de marmonner. « je n’irai pas manger avec eux! Je les déteste! » Il éclata de rire tandis qu’il s’agenouillait pour être à ma hauteur. « Comment tu peux les détester alors que tu ne les connais même pas? » Je fis mine de réfléchir un moment, avant d’asséner la suite de mes griefs. « Je ne les aime pas! Ils sont exactement comme Père et Mère. Aussi pincés, aussi détestables, non, je ne les aime pas, pas du tout même! » Il éclata de rire. Je me renfrognai davantage, ce n’était vraiment pas censé être drôle. Il m’ébouriffa les cheveux avec tendresse. « je ne les aime pas non plus, et pourtant je suis obligé de leur parler, parce que je travaille pour eux. En fin de compte ce n’est pas si terrible, je ne les vois pas souvent, étant aux jardins. » Je ne pus m’empêcher de sourire. Nous restâmes à nous regarder un long moment, avant que je ne rompe le silence. « Dis William, quand je serai grande tu voudras bien te marier avec moi? » J’avais tout naturellement posé la question, sourire aux lèvres. Il éclata de rire, avant de m’ébouriffer les cheveux à nouveau. « Pour avoir ton père comme beau-père? Il n’en est pas question! » Je me mis à bouder, tout en croisant les bras. « Et s’il n’y avait pas mon père? » Il fit mine de réfléchir un moment, rajustant son chapeau de paille sur sa tête. « Il y a toujours ta mère. » Il m’agaçait. Et le pire, c’est qu’il le faisait exprès! Je finis par me lever, agacée. Je le défiai du regard. « Tant pis alors. J’irai demander au cuisinier, j’suis sûre qu’il dira pas non, LUI. » Il attendit que je me sois éloignée un moment, pour me héler une nouvelle fois. « Probablement Eileen. Je n’aurais pas dit non si t’avais quelques années de plus. Tu es très jolie, tu sais? A l’école les autres petits garçons ne doivent pas rester indifférents! » Je continuai de m’éloigner encore un peu. Je finis par me retourner, pour lui faire face, de loin. J’haussai les épaules, avant de lancer à son adresse. « De toute manière je ne vais pas à l’école. » Je finis par partir en courant vers la maison, tout en pensant en mon for intérieur. De toute façon, c’est toi mon amoureux.

**

Plus tard, j’étais en train de faire les cent pas dans la cuisine. Dans l’évier s’entassait la vaisselle sale, laquelle allait être magiquement nettoyée. Ce n’est vraiment pas juste! Pourquoi eux pratiquaient la magie et pas moi? Ça doit être drôlement cool d’avoir des pouvoirs, non? Je fis une dizaines de pas supplémentaires, mains derrière le dos. Je n’étais toujours pas présentable, et passablement agacée. De la pièce d’à côté émanaient les rires gras de mes parents et de leurs invités. Lassée de ce silence, j’entrepris de me faire la conversation, n’ayant de toute façon pas d’autre distraction potable. « je les déteste! Je les déteste! Par Merlin, je les déteste! » La porte de la cuisine s’ouvrit sur ma mère, qui fut étonnée de me trouver là. « Qu’est-ce que vous faites ici, Eileen? Et regardez moi votre accoutrement, à votre place j’aurais honte! » Tout en faisant les cent pas, je baragouinais, à son intention. « Je n’irai pas dans le salon, je suis censée être punie. » Soledad s’approcha de moi, menaçante. Je pouvais sentir son parfum capiteux, probablement offert par mon père comme pour se faire pardonner d’avoir été si longtemps absent. Je la détestais, cette bourgeoise mal léchée! Oui, vous pouvez me regarder de votre air offensé, ma génitrice était une satanée bourgeoise capricieuse et mal léchée! Voilà, c’est dit. « Ce n’est pas en restant dans la cuisine à faire je ne sais quoi que vous allez purger votre peine! Ayez au moins l’obligeance de respecter votre père, il se donne du mal pour négocier sa promotion, veillez à ne pas faire de bêtises jusqu’à ce qu’ils partent. » elle avait parlé d’un air lassé. Mais cela n’avait fait que de m’énerver. Je n’avais aucune envie de retourner dans ma chambre, mon estomac criait famine, et voir la table recouverte de victuailles relevait de la torture pure et dure. J’avisai du regard la magnifique pièce montée, faite de rose et d’ivoire, dont la délicieuse crème fouettée m’appelait. J’aurais voulu y tremper le doigt, et me délecter de sa douce saveur sucrée, mieux, j’aurais voulu que le somptueux gâteau, fait davantage dans le but d’épater la galerie que par réel intérêt culinaire, atterrisse dans la chevelure blonde et soignée de ma mère, la couvrant de crème fouettée, glaçage au sucre glace, crème au moka et tendre génoise. Je me retournai assez violemment, ne souhaitant pas voir le visage trop poudré de mon bourreau, tandis que consécutivement, un immense fracas d’inox se fit entendre sur le carrelage de la cuisine. Je me retournai du même geste peu tendre, tandis que je mesurai l’ampleur de l’horreur qui s’offrait alors à moi. Soledad dégoulinait du gâteau que j’avais rêvé de voir d’écraser sur sa splendide stature. Je m’attendais à être assassinée sur place, mais au contraire, l’ombre d’un sourire se dessina sur les lèvres de la despote. « Eh bien Eileen, j’ai bien cru que vous n’y arriveriez jamais. »
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▌Citation :
Parmi toutes les variétés de l'intelligence découvertes jusqu'à présent, l'instinct est, de toutes, la plus intelligente. Friedrich Nietzsche

▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
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MessageSujet: Re: Eileen •• Red moon    Sam 10 Juil - 11:22

CHAPITRE 2. APPEARENCES ARE MISLEADING.


Nonchalante et je m’enfoutiste, c’était sans aucun doute les deux mots qui revenaient le plus souvent lorsqu’on parlait de moi. Si petite j’étais déjà agitée, prompte à faire des bêtises, je ne m’arrangeai pas pour autant en vieillissant, je crois même avoir empiré. Je suis allée étudier à Poudlard sitôt que j’eus l’âge requis, et le Choixpeau m’envoya à Serdaigle, à tort probablement. Je n’avais rien d’une intello, je n’avais rien de calme et de sage, j’étais même sûre d’être la plus survoltée d’entre tous. J’appris bien vite que les maisons ne regorgeaient pas que de stéréotypes. Il y avait également d’autres personnes, des électrons libres, uniques en leur genre. C’était sans doute ma soif d’apprendre qui m’avait valu l’entrée dans cette maison, bien plus que la sagesse que j’aurais pu avoir. J’avais aussi ce côté sauvage et imprévisible qui m’empêchait de me lier à d’autres personnes, ce qui faisait que, la plupart du temps, je me retrouvais seule. Il vint un moment où j’eus treize ans. J’étais une grande idéaliste à l’époque, un rien trop rêveuse. Le monde pouvait être beau si seulement nous nous donnions la peine de le rendre à l’image qu’on pouvait se faire. Rien n’était impossible, je me sentais pousser des ailes. Je me suis rapidement entichée de Matthew, un élève de septième année, de ma maison, et un peu trop populaire pour mon propre bien. On racontait des mauvaises choses à son sujet, mais cela ne me faisait pas changer d’avis pour autant. D’une part, j’aimais les mauvais garçons, d’autre part, j’étais bien trop bornée pour me faire une raison.

Un jour, l’école eut la bonne idée d’organiser un bal, où il fallait que ce soit la fille qui invite le garçon. Facile, m’étais-je dit, je n’avais qu’à poser la question à Matthew, et advienne que pourra. Seulement, c’était bien plus facile à dire qu’à faire. Je dus mettre tous les trésors de courage que j’avais en ma disposition pour prendre l’initiative d’aller lui parler. Je me savais jolie, mais d’une beauté plutôt banale pour être facilement remarquée. Je me souviens du regard amusé qu’il me lança alors, pour être franche, il m’avait vraiment blessée à me prendre ainsi de haut. Que j’aie treize ans et lui presque dix-huit ne pouvait pas avoir une quelconque importance, n’Est-ce pas? Par chance, je parvenais à faire plus âgée que mon âge réel. Il envoya balader ses groupies tandis que je me dirigeais vers lui, avec une démarche qui se voulait assurée. « Euhm…Matthew? Je peux te parler deux secondes? » Il me jaugea du regard, un de ces regards profonds et pénétrants qui me donnaient l’impression d’être ridicule, inexistante. Pour mieux le convaincre, je m’étais cambrée, poitrine en avant, et j’affichais un grand sourire qui se voulait séduisant. Après tout, je n’étais pas n’importe qui. J’étais Eileen Wembley, je descendais d’une famille de sang-pur assez prestigieuses, l’une des rares qui restaient. J’étais sans doute une bourgeoise un peu coincée, mais j’avais probablement mes chances. L’air las, de celui qui n’a plus rien à perdre, il murmura. « Bon, OK. Qu’est-ce que tu me veux? » Bon, d’accord…Ton peu avenant. Sa patience allait vite s’émousser. Tant pis. J’avais de la patience pour deux, ça pouvait largement compenser. Tout à coup, l’idée saugrenue d’imiter ma mère me vint. Et si jouer les filles blasées et inaccessibles portait un peu plus ses fruits que de se montrer timide? C’est donc l’air pathétiquement snob et la voix qui allait de pair que je me lançais. « Puisque tu n’as que deux secondes je vais aller droit au but. Tu serais intéressé pour aller au bal avec moi? » Il resta à me regarder, légèrement interloqué. Il me jaugea encore une fois du regard, mais cela ne me fit ni chaud ni froid. Je lui rendis son regard, tandis qu’un léger sourire se formait sur ses lèvres. Soit c’est bon, soit c’est mauvais. Quelle que soit sa réponse cependant, la terre n’allait sûrement pas s’arrêter de tourner. C’est à ma grande surprise qu’il me répondit « OK, d’accord. On se retrouve dans le hall. Sois à l’heure. » Clin d’œil, et il s’éloigna. Sa recommandation? Sans doute parce que ma propension à ne pas arriver à l’heure en cours était devenue légendaire.

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Je n’aurais jamais cru qu’un jour je serais sortie avec Matthew, tant celui-ci me paraissait inaccessible. Les premiers mois furent idylliques. Il était véritablement mon premier et grand amour, j’en étais vraiment folle. Je le poursuivais sans cesse, pauvre groupie pendue à son bras et à ses lèvres, les étoiles dans les yeux à chaque fois que je le regardais, ou qu’il parlait. Mon amour futile et juvénile me donnait des ailes, et en grande rêveuse que j’étais, je nous voyais bien vivre ensemble et heureux jusqu’à la fin des temps. Matthew était vraiment une perle rare, tendre, affectueux, adorable. Il avait ce foutu truc pour faire craquer, ce sourire en coin que j’adorais. Stupide adolescente que j’étais, je ne voyais pas le danger quand bien même il était des plus évidents. Ce fut Andrea, une camarade de dortoir qui m’en parla pour la première fois un soir d’hiver, dans le secret des rideaux de nos lits à baldaquin. Andrea était connue pour sa réputation des plus sulfureuses et ses relations sans lendemain. Elle avait un air chafouin qui inspirait immédiatement la méfiance, mais, grande innocente que j’étais, je ne pouvais pas envisager qu’elle puisse me vouloir du mal. « Dis moi Eileen, tu l’as déjà fait, n’est-ce pas? » j’avais levé la tête de mon livre, descendant de mon petit nuage avec bien des difficultés. « Hein? » fut la seule réponse intelligente qui me vint à l’esprit, sans doute parce que je n’avais pas vraiment entendu sa question. Je lui avais donc tacitement demandé de répéter, mais Andrea embraya sur autre chose. « Ben oui Eileen, tu sais, Matthew a dix-sept ans, il a des besoins propres aux garçons de son âge. » Je grimaçais. Je détestais qu’on fasse allusion à la trop grande différence d’âge qui existait entre nous deux. J’écarquillais les yeux, légèrement perplexe. Notre relation était un vrai conte de fées, je ne voyais vraiment pas en quoi il pouvait être insatisfait. C’est pourquoi je répondis assez naïvement. « Mais enfin, de quoi manquerait-il, il a tout ce dont il a besoin. » Andrea me détailla alors, comme si elle venait de voir débarquer une soucoupe volante comportant à son bord une armada d’habitants de l’espace. « Vraiment tout? » Je pinçais les lèvres, légèrement vexée. Sous-entendait-elle que Matthew puisse être malheureux tout en étant avec moi? Estimait-elle qu’il méritait mieux qu’une bourgeoise dans mon genre, comme elle par exemple? Je lui jetai alors un regard suspicieux. Voyant mon manque de réponse, elle crut bon d’enfoncer le clou. « Ne me dis pas que tu es toujours vierge? » Ce fut à mon tour de la considérer comme si j’avais vu un extra-terrestre, tandis que bien malgré moi, je venais de rougir comme jamais.

Evidemment. Le sexe. Le désir. Le fondement d’une relation parfaitement saine. Une relation amoureuse était avant tout un échange, aussi bien physique que psychique, et elle ne pourrait pas rester chaste et platonique trop longtemps. Pour qu’elle fonctionne, il fallait très vite passer à l’aspect physique. Et Andrea venait de pointer du doigt probablement l’un des seuls problèmes de notre couple. Nous n’étions pas toujours passés à l’acte. Je n’eus pas besoin de confirmer qu’Andrea avait déjà compris. « Mais enfin, ne me dis pas qu’il n’a rien tenté! » Je restai à regarder mon amie, sidérée. Tout le mythe que j’avais fondé autour de Matthew commençait à se déliter, lentement mais sûrement. Chaque fragment de rêve que j’avais bâti s’effondrait impitoyablement, emportant le restant avec eux. Et cela faisait mal, de s’apercevoir qu’on s’était trompés sur toute la ligne. Une partie de moi ne voulait pas y croire. J’étais persuadée qu’il s’agissait d’une des manigances d’Andrea destinées à nous séparer. Comment en étais-je venue à un tel stade dans le déni? Andrea quant à elle semblait tout simplement effarée. « Quoi, tu n’étais pas au courant de sa réputation? » Je fronçais les sourcils. « Que devrais-je savoir et que je ne sais pas, alors? » Andrea soupira, avant de lisser la couverture à côté d’elle. Elle passa une main gênée dans ses longs cheveux blonds, puis elle se décida enfin. « C’est rare que Matthew reste trop longtemps avec une fille. Ca n’arrive pour ainsi dire jamais. De mémoire, je dirais même que tu es une première. Avec lui, ça ne dure jamais plus qu’une simple soirée. D’où mon étonnement quant au fait que vous n’ayez pas encore couché ensemble. » La révélation d’Andrea me fit l’effet d’une claque. Je vacillai légèrement sous le choc qui n’était pourtant que mental. Je me retenais de pleurer, et Andrea sembla compatir à ma douleur. « Tu…Il en a connu beaucoup? » Là encore une fois, Andrea se tordit les mains, ne sachant pas vraiment que répondre. Cela se voyait qu’elle essayait tant bien que mal de me ménager, mais je ne souhaitais pas être ménagée. « Oh je t’en prie Andrea, n’essaie pas d’édulcorer la réalité, au point où j’en suis. » Ma camarade s’exécuta, non sans quelques réticences. « Beaucoup trop, si tu veux savoir. C’est l’un des plus grands séducteurs de l’école. Et figure toi que les paris sont ouverts quant à la durée de votre relation. » Je pinçai les lèvres, profondément déçue. S’il y avait bien quelque chose dont j’avais horreur, c’était bel et bien les mensonges et les faux semblants. Il fallait que j’éclaircisse les zones d’ombre, que je ne me laisse plus abuser de la sorte par un mythe qui au final n’était que du vent. Matthew n’était pas un gentleman. C’était un salaud. Et par Merlin, le savoir me faisait mal, démesurément. J’avais été assez idiote pour me laisser prendre au jeu. Il y avait une dernière chose que je voulais savoir, bien que je connaissais la réponse. « Et toi? Tu as couché avec lui? » Le silence qui en suivit était plus qu’éloquent, je n’avais pas besoin qu’Andrea m’en dise davantage, j’avais compris. En soupirant longuement, je me retournai, de façon à lui tourner le dos. Je finis par éteindre la lumière et je restai ainsi étendue, déterminée à tirer un trait sur cette histoire qui ne fera que me mener à ma propre perte.

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« Alors quoi? Qu’est-ce que tu veux que je te dise? » avait finalement dit Matthew, sitôt ma série de reproches achevée. Oui, alors quoi? Matthew était nerveux, et c’était la première fois que je le remarquais depuis que nous étions ensemble. Jamais il n’avait été aussi amer en ma présence, aussi vulnérable. Il était assis sur le muret, ses grandes jambes étalées devant lui, mains dans les poches et dos légèrement courbé, tête inclinée en signe de soumission. Mon prince avait tout à coup perdu de sa superbe. « Qu’attendais-tu de moi, Eileen? Que je sois un brave gars, constamment à tes pieds, à chanter tes louanges? Je ne suis pas de ceux là. Je ne suis pas le prince charmant, et honnêtement je ne crois pas qu’il puisse exister d’une quelconque façon. » Malgré ces mots orduriers, je m’étais efforcée de rester stoïque. Je voyais son vrai visage, lequel était fort effroyable. Je me demandais même comment j’avais pu m’enticher d’un tel type, tant il était détestable. Je demeurais les bras croisés, lèvres obstinément pincées. J’attendais qu’il s’exprime, qu’il s’explique enfin. Je n’allais sûrement pas l’interrompre dans son monologue avant d’avoir écouté tout ce qu’il avait à dire. Et seul Merlin sait qu’il en avait des choses à dire. « Sincèrement Eileen, tu mérites mieux que quelqu’un comme moi. Trouve-toi quelqu’un qui saura au moins t’aimer et te respecter. Je n’étais vraiment pas le candidat idéal. » Qu’il sous-entende presque qu’il ne m’aimait pas ne m’offensa pas pour le moins du monde. Je semblais être immunisée contre une nouvelle escalade dans la douleur, de toute manière j’étais incapable de réagir à quoi que ce soit. Je plantai mon regard céruléen dans l’ambre de ses yeux, tout en lui assénant la sentence finale, lassée de l’entendre déblatérer de telles idioties. « sûrement Matthew, ce n’est pas difficile d’être mieux que toi. » Je finis par me lever du muret, laissant celui que je pouvais désormais appeler EX à son triste sort. Avant de disparaître définitivement dans le décor, je murmurai. « Et au cas où j’aurais besoin d’être plus explicite…Nous deux, c’est fini. »

CHAPITRE 3. SI VOUS VOULEZ DU SANG, DES LARMES, ET DU DRAME, VOUS SEREZ SERVIS.


Je n’ai jamais vraiment aimé Andrea. Pour moi, elle n’était rien d’autre qu’une commère, une peste que cachaient ses airs angéliques. Elle profitait qu’on ait le dos tourné pour frapper, ses ragots empoisonnaient les relations. Surtout, je lui en voulais pour une raison probablement stupide: elle avait couché avec Matthew. Il fallait dire qu’elle était plus âgée que moi, elle devait bien être en cinquième année à l’époque où je suis sortie avec Matthew. Deux ans sont passés. J’étais en cinquième année, tandis qu’Andrea était sans doute en septième. Je n’ai jamais vraiment réussi à oublier Matthew, bien que j’avais cherché pendant longtemps à me persuader du contraire. J’étais toujours aussi seule, ma vie sentimentale continuant à s’inscrire dans le désastre. Parfois je songeais plus ou moins sérieusement à me faire nonne, j’étais suffisamment prude pour conserver ma chasteté toute une vie. Un soir, à la fin du cours de Métamorphose, que nous avions en commun avec les Poufsouffle, j’étais descendue aux toilettes des filles afin de me rendre un peu plus présentable. Je n’eus pas fini de remettre du mascara que j’avais entendu des pleurs émanant d’une cabine fermée. Poussée par la curiosité, je m’en approchai, avant de taper fermement. Une voix étouffée me parvint de l’autre côté. « Dégagez, qui que vous soyez! » Je fus surprise de reconnaître la voix de ma camarade de dortoir. « Andrea? Qu’est-ce que tu fiches ici? » Ma question était sans doute mal formulée, et un brin trop agressive. Je m’étais donc préparée à ce que l’autre Serdaigle réponde de la sorte. «Ca ne te regarde pas! Dégage! » je soupirai, avant d’appuyer l’oreille contre le battant. Je tapai à nouveau dans la porte, résolue. « Sors de là ou je défonce la porte! » Menace, menace. Quoiqu’avec un Alohomora, c’était vite fait. Un nouveau sanglot me répondit. Puis une vive protestation. « Y’a toutes les autres cabines, alors pourquoi faut-il que tu m’emmerdes pour occuper celle où je suis en train de chialer? » Je soupirai lourdement, posant ma main à plat contre le bois. La sortir de là allait être une tâche plus difficile que je ne le pensais. Mais j’y arriverais, foi de Wembley!

« Je ne suis pas venue remuer le couteau dans la plaie. Ce n’est pas mon genre de me nourrir de la souffrance d’autrui. Si tu avais capté ma démarche tu aurais compris que je ne cherche qu’à t’aider! Alors deuxième sommation, tu sors et on parle, sinon je défonce la porte et je ferme toutes les autres de façon à ce que tu ne puisses ni te cacher, ni t’enfuir! » un long silence accueillit mon petit monologue. Ceci dit, Andrea avait cessé de pleurer. Je n’entendais plus le moindre sanglot. C’était déjà ça de gagné. Soudain, j’entendis le verrou cliqueter légèrement. La porte grinça sur ses gonds, tandis que la silhouette frêle de ma camarade apparut, légèrement débraillée. Elle avait abaissé le couvercle des toilettes pour s’y asseoir. « Eileen? C’est toi? » Voix timide et peu assurée. La détresse se lisait sur son visage. Son mascara avait coulé. Je soupirai, puis je fouillai dans mon sac à la recherche d’un peu de démaquillant, puis je lui passai ma propre trousse à maquillage pour qu’elle puisse se rajuster. « Qu’est-ce qu’il y a? » avais-je demandé avec un peu plus de douceur, maintenant que nous étions face à face. D’un geste de la main, Andrea repoussa ce que je tendais. « Autant attendre que j’aie fini de pleurer pour tout ça, dans cinq minutes mon maquillage sera de nouveau ruiné. » J’opinai discrètement. Dans un sens, ce n’était pas foncièrement faux. J’esquissai l’ombre d’un sourire encourageant, quand le ton glacial avec lequel Andrea s’adressa à nouveau à moi se fit entendre. « Je croyais que tu m’en voulais encore pour l’histoire avec Matthew? » Entendre son nom me fit plus mal que de raison. Je me morigénai pour ma stupidité. J’avais juré qu’on ne m’y reprendrait pas! Je haussai les épaules, légèrement blasée par l’attitude d’Andrea qui semblait mettre du cœur à raviver les anciennes querelles. « Bah…Je ne vois pas pourquoi je t’en voudrais encore, bien au contraire tu m’as ouvert les yeux et sans ton aide je serais sans doute encore en train de stagner, à défaut de m’être faite larguer comme une malpropre. Au moins grâce à toi j’ai eu une sortie honorable dirons nous. » Je souriais toujours, refusant de me laisser démonter par des propos un peu trop âpres à mon goût. À ma grande surprise, Andrea sourit à son tour, certes faiblement, mais sourire quand même. « Si ça m’était arrivé je t’en aurais voulu jusqu’à la fin des temps. » Je haussai les épaules. « C’est que je ne dois pas être rancunière. »Andrea se leva rapidement, avant de me sourire gaiement, toute trace de chagrin ayant disparu de son visage. « Allez, viens, je vais te présenter quelqu’un, tu vas l’adorer! » Croyez le ou non, c’est à partir de ce moment là qu’Andrea et moi devînmes amies, voire même meilleures amies. Mon seul regret dans toute cette histoire, c’est de ne pas avoir mis à plat toutes les rancœurs tout de suite, nous avions laissé une belle et durable amitié se gâcher à cause de vieilles querelles, ce qui en soi était très bête. C’était à croire que nous étions maudites, ou pas du tout prédestinées à rester amies, bien vite des ombres vinrent ternir ce tableau un brin trop idyllique, le gâchant à tout jamais.

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C’était un samedi après-midi, en plein match de Quidditch. Andrea était en train de jouer, tandis que j’attendais son retour dans les vestiaires d’ici la fin du match. Je fus surprise de voir la porte s’ouvrir, je ne m’attendais pas à trouver quelqu’un maintenant. Arthur, le petit-ami d’Andrea, venait d’apparaître dans l’entrebâillement de la porte. Je lui adressai un bref signe de la main, ainsi qu’un sourire filiforme, tandis qu’il vérifia que personne ne le suivait, pour refermer derrière nous la porte des toilettes. Je fus la première à rompre le silence, trouvant sa soudaine nervosité plutôt suspecte. « Arthur? Qu’est-ce que tu fiches dans les vestiaires réservés aux filles? » Il vint se planter face à moi, l’air embêté, les mains dans les poches. Il ancra ses prunelles sombres dans les miennes. « Je dois te parler Eileen, et je souhaite en profiter tant que nous sommes seuls. Faisons vite, on n’a pas beaucoup de temps. » Je fronçais les sourcils, de plus en plus inquiète. Je n’aimais pas l’air abattu d’Arthur, qui était devenu un très bon ami. Je finis par me lever, me mettant à sa hauteur. Je n’avais pas remarqué que nous étions si proches avant qu’il n’attrape mes mains qui pendaient le long de mon corps. Il les porta à ses lèvres. Je me dérobai à son contact, gênée. « Ce n’est pas une bonne idée, Arthur, d’accord? On peut discuter, mais à une distance respectable, ce n’est nullement incompatible. » Il hocha la tête d’un air entendu, puis il accéda à ma requête. Je fourrai mes mains dans les plis de ma cape pour éviter que ce moment ultra-embarrassant ne se produise. Arthur se mordilla la lèvre inférieure, et me fixa de ses yeux fiévreux. « J’aime beaucoup Andrea. Mais j’ai peur que mes sentiments soient purement amicaux. Parce qu’il se trouve que… » il marqua une pause, cherchant un tant soit peu ses mots. Il brûlait d’envie de me toucher, mais je me reculais délibérément, pour que je ne sois plus jamais accessible. Tant et si bien que je finis par reculer jusqu’au mur, où je me tassai, Arthur beaucoup trop proche de moi. Ma proximité sembla toutefois lui redonner un tant soit peu de courage. « Il se trouve que je ressens quelque chose d’infiniment plus fort pour une autre. » Je fronçais les sourcils, peinant à réaliser ce qu’il était en train de me dire.

Je me mordillai à mon tour la lèvre inférieure, en proie à une intense réflexion. Arthur commença à faire les cent pas dans la pièce, l’air penaud. J’osai enfin rompre un silence trop angoissant. « Je…Enfin…Il faut que tu rompes avec Andrea, plutôt que tu lui donnes de faux espoirs quant à la nature de tes sentiments. » Une clameur de contentement s’éleva depuis le stade. Sans doute quelqu’un venait de marquer un but, mais je ne saurais dire si c’était mon équipe qui gagnait le point. « L’ennui, c’est que je tiens beaucoup trop à Andrea pour la perdre à cause d’un faux pas de ma part. Je sais que si je la quittais, je la blesserais profondément. Et c’est ce que je veux éviter, je ne veux pas être responsable de sa souffrance. » Je me surpris à envier Andrea. Elle avait un type pouvant être sans conteste un modèle de prévenance. Pourquoi j’étais même pas fichue d’en avoir un identique, ou au moins dans la même veine? Je me frottai les tempes, nerveusement, peinant à soutenir le regard de mon ami. « L’amour fait immanquablement souffrir, Arthur. Les sentiments et la souffrance sont indissociables l’un de l’autre. » Et je parlais en toute connaissance de cause. Arthur avait fini par s’arrêter de tourner en rond, et à présent il me fixait, intensément. Il posa ses mains sur le mur, de chaque côté de ma tête, ce qui me gêna affreusement. Il pressa doucement son front contre le mien, tandis que j’étais soudainement prise de vertiges. « En fait…C’est toi que j’aime, Eileen. Tu as beaucoup plus de personnalité qu’Andrea, et c’est ça qui me plaît. Tu as du répondant, tu ne te laisses pas faire. Tu es forte, combattive. Diablement courageuse, terriblement audacieuse. Tu es une comme une supernova, et tu éclaires mon ciel de milles feux comme nulle autre n’a su le faire auparavant. » Pardon? J’arquai un sourcil perplexe face à une telle déclaration. Courageuse? Audacieuse? Ce n’était absolument pas moi, tout ça. J’étais une poule mouillée, qui avait peur de vivre, de grandir. Je n’étais pas la Eileen qu’Arthur semblait aimer. Je n’étais que son ombre. Je baissai finalement les yeux, en osant poser mes mains sur son torse, prête à le repousser si besoin est. « Je crois que tu te trompes, Arthur. Je ne suis ni forte, ni combattive. Encore moins courageuse et audacieuse. Sinon comment pourrais-tu expliquer que je suis toujours vierge? Et que je n’ai toujours pas de mec? Et que… » Arthur n’avait pas l’intention de me laisser finir cette diatribe prononcée à mon égard. Il venait de m’interrompre en posant ses lèvres sur les miennes. Je me laissai un moment emporter par un nouveau tourbillon d’émotions, encore plus intenses que lorsque j’embrassais Matthew, puis je décidai de le repousser, raisonnablement. Un sourire orna ses lèvres tandis qu’il caressait ma joue. « Ca peut toujours s’arranger. »

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Deux ans plus tard.

Lettre d’Eileen à Arthur.

Mon cher Arthur,
Je vais bien, ne t’en fais pas. Cesse de me harceler de lettres quand je ne réponds pas à l’une des tiennes au bout de vingt quatre heures. Tu n’as absolument aucune raison de t’inquiéter pour moi. Je suis rentrée à la maison, tant bien que mal. Je dis tant bien que mal parce que j’ai fait un détour par le cimetière auparavant, mais je n’ai jamais pu y entrer. Voir la tombe d’Andrea aurait été trop dur, à chaque fois que je pense à elle je la revois dans cette salle de bains, baignant dans son sang. Je n’arrive pas à chasser cette horrible image de ma tête, c’est comme si Dieu voulait me punir en me l’imposant en boucle. Nous deux, ça a été une formidable et pourtant grossière erreur. Nous n’en serions pas là si nous ne nous étions pas embrassés dans ce vestiaire, deux ans auparavant. Je ne peux pas continuer comme ça. Je sais que tu penses à Andrea quand nous sommes tous les deux. C’est le cas pour moi aussi. Je sais qu’elle n’approuve pas. Il n’y a aucune raison de continuer, crois-moi. Même si au fond de moi je t’aime quand même, et j’ai envie de vivre heureuse avec toi. Mais SON souvenir s’immiscera toujours entre nous, tu le sais bien.
Bien à toi.
Eileen.

Lettre d’Arthur à Eileen.
Ma belle Eileen,
Tu ne peux pas savoir l’immense soulagement que j’ai eu quand j’ai aperçu ton hibou. Recevoir ton courrier fut comme une délivrance, mais lire son contenu m’a anéanti. Tu veux rompre, c’est ça? Sache que si tu veux qu’on arrête, je ne m’opposerai pas à ta décision. Tu as toujours été loyale envers Andy, et c’est moi qui l’ai trompée. Tu n’as pas à te sentir coupable pour sa mort, j’en suis le seul et unique responsable. Ne te stigmatise plus, ma douce, cela me fait mal de te voir dans un tel état. Tu me manques tu sais? Je me languis de la douceur de ta peau, de la chaleur de ton corps. Je me consume de désir en t’attendant, chaque jour passé loin de toi est comme la pire des tortures. Tu promets des retrouvailles, mais rien ne vient. Si ce n’est pas toi qui viens à moi, alors ce sera moi qui viendrai à toi.
Arthur.

Lettre d’Arthur à Eileen.
C’est quoi ce silence? Je sais que je n’ai pas vraiment été logique dans ma dernière lettre, et je ne voulais pas t’effrayer. J’avais juste noyé mon chagrin dans l’alcool, je n’avais plus l’esprit très clair lorsque je te l’ai envoyée. Mais cela ne m’a pas empêché d’être sincère. Si tu ne réponds pas à cette lettre, je débarque chez toi. Tu m’inquiètes Eileen. Tu ne parles qu’à demi mots, tu reste mesurée, cela ne te ressemble pas. D’habitude tu me dis tout, absolument tout. Que se passe-t-il? Ne me fais pas croire qu’il n’y a rien.
Arthur.

Lettre d’Eileen à Arthur. Lettre jamais parvenue à son destinataire. Un an plus tard.
Arthur,
Je n’ai pas le temps d’être plus explicite, ni de t’écrire un roman. Je m’excuse d’avoir été si tardive à répondre ces derniers mois, mais j’ai été assez occupée. Oh, Arthur, je ne sais pas comment te le dire. J’aurais dû t’en parler depuis le début, et tu m’aurais sûrement aidée. Mais là il est trop tard, le mal est déjà fait. Tu te souviens de notre toute dernière nuit ensemble, avant cette bien trop longue séparation? Sache que si je me suis enfuie, ce n’est pas parce que tu as fauté. Au contraire, comme d’habitude, tu as été parfait. Je n’ai pas géré l’intensité des sentiments qui ont existé cette nuit là. Surtout, on ne s’est pas protégés, trop pris dans le feu de l’action. Il faut que je te parle de vive voix. J’ai une nouvelle importante à t’annoncer, bien qu’en ce qui me concerne la décision est déjà prise. Je ne peux pas t’en dire plus, au cas où notre correspondance tomberait entre de mauvaises mains, mais je t’en prie. Viens le plus vite possible, me déplacer serait trop risqué. J’ai besoin de toi, et ce plus que jamais.
Ta Eileen.


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▌Citation :
Parmi toutes les variétés de l'intelligence découvertes jusqu'à présent, l'instinct est, de toutes, la plus intelligente. Friedrich Nietzsche

▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 37 ans.
▌Ancienne maison : Serdaigle
▌Sang : Mélé
▌Humeur : lunatic mood.
▌Emploi : Ancienne médicomage, actuellement mère au foyer.
▌Crédit(s) : (c) broccoli pie

MessageSujet: Re: Eileen •• Red moon    Sam 10 Juil - 11:22

CHAPITRE 3. OUBLI, DÉNI, RENONCEMENT.


Cinq ans après.
J’ai attendu, des jours durant. J’ai tant espéré une réponse, qui ne vint jamais. Arthur ne m’aimait plus. Arthur m’a oubliée. Arthur m’a tout simplement reniée. Au fond de mon cœur, j’avais sans doute cette lueur d’espoir un peu folle, mais au final, espérer n’avait servi à rien. Je n’ai jamais eu de réponse à ma dernière lettre. J’ai appris à faire sans lui. Et parfois il me hantait encore, son départ ayant causé bien plus de dégâts que nécessaire. Il me manquait. Mais comme une grande, j’avais dû me relever, malgré mes membres gourds et endoloris. J’avais dû m’activer, comme avant. Faire comme si finalement il ne s’était rien passé, et pourtant c’était matériellement impossible. Ma liaison avec Arthur avait eu des séquelles malheureusement irrémédiables. Le suicide d’Andrea, qui avait fini par avoir eu vent de ce qui se tramait entre nous, et qui, à raison, prit le tout pour la pire des trahisons. Non seulement elle avait perdu son amour, qu’elle n’avait surtout pas voulu perdre, mais elle avait également perdu ses seuls amis, en qui elle avait voué une confiance aveugle. Tout ça pour quoi à présent? Pour rien. Il n’y avait plus rien qui puisse se décliner en nous. Juste un inavouable secret, à présent bien en sûreté. Je n’avais plus rien qui puisse me relier à Arthur. D’aucune façon. J’étais tranquille, pour un temps. Si ce n’était pas cette lettre, bien entendu anonyme, que je tordais entre mes mains frêles, portant une simple citation, lourde de sens. Rappelle toi. Rien ne se perd, tout se transforme. Un principe provenant de la physique moldue, mais qui pouvait tout aussi bien s’appliquer ici. Je rajustai mon châle sur mes épaules, ayant soudainement très froid. Je me baissai pour atteindre mon sac, ouvert en bas de mon bureau, juste à côté. Je n’avais qu’à tendre le bras pour me saisir de ces pilules miracles, censées guérir des pires maux qui existaient, que seuls le temps et l’oubli étaient à même de guérir, bien que des fois, certaines choses ne guérissaient jamais. C’est à ce moment là que choisit la porte pour s’ouvrir, laissant apparaître la tête brune de Catherine, la secrétaire. « Docteur Wembley? J’ai au standard un homme qui refuse de partir tant qu’il ne vous aura pas rencontrée. » Je fronçai les sourcils, perplexe. Qui pourrait désirer me voir au point d’en faire une affaire d’état pour peu que je ne sois pas disponible à ce moment là?

J’avisai la secrétaire, tandis que cette dernière semblait paniquer. « Oh non, il m’a suivie, c’est pas croyable! » Catherine se retourna vers le couloir, et disparut de mon champ de vision, sans doute partie rattraper le forcené. Je l’entendis vociférer de là où j’entendais. « L’accès au bureau du personnel n’est absolument pas accessible aux visiteurs, monsieur! Veuillez retourner immédiatement dans la salle d’attente ou j’appelle la sécurité! » Je finis par me lever d’un bond, et je me précipitai à mon tour dans le couloir. De loin, je vis une Catherine fulminante, aux prises avec…Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Non, ce n’était pas possible! Je me ruai vers les deux combattants, avant de jeter un bref regard à Catherine. « Laisse, je le connais effectivement. Je m’en occupe. » Ma voix tremblait sous le coup de l’émotion, tandis que je sentais mes jambes flageoler. Ma propre voix semblait assourdissante, ma vue se brouillait légèrement, se couvrant lentement mais sûrement d’un voile noir. « Eileen, ça va? » Je n’entendais même plus correctement la voix de Catherine, ni même le cri paniqué d’Arthur. « Eileen! » C’était trop d’émotions d’un coup, trop difficile à gérer. C’est alors que je m’évanouis, purement et simplement.

Je finis par me réveiller dans mon bureau, plus ou moins confortablement calée dans le fauteuil. Catherine semblait horrifiée, tandis qu’Arthur me tapotait légèrement les joues. Son contact me fit totalement revenir à moi. Je m’éloignai d’un roulement de roulettes, crispée dans mon siège. Le regard affûté de Catherine oscillait entre Arthur et moi, indéfiniment. Elle finit par hocher la tête. « Je vais vous laisser, Eileen, si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle moi. » Je paniquai encore plus, terrifiée à l’idée d’être seule avec Arthur. Mais c’était trop tard, elle avait déjà franchi la porte. J’étais cernée. Je m’affaissai totalement dans le siège, et tendit une main mourante en direction d’Arthur. Celui-ci ne sembla pas comprendre ce que je réclamais, puisqu’il me la saisit, et la serra légèrement. Un geste qu’il avait souvent eu avec moi, dans le passé. Je me dégageai tant bien que mal de sa poigne à la fois d’airain et de velours. « Mes cachets. Dans mon sac. » Il me regarda, interloqué. « Des cachets? Tu es malade? » L’innocence de sa question m’arracha un petit rire cynique, qui n’avait absolument rien de tendre. Je n’étais plus sa petite Eileen adorée, j’étais aigre, meurtrie. L’avait-il seulement remarqué? « C’est tout comme. Passe moi mes médocs. » Mon ordre se voulait ferme, sans dérogation possible. Arthur finit par capituler, et plongea la main dans mon sac bien trop ordonné, pour en sortir le flacon miracle. Je lui fis signe de me le donner tandis qu’il semblait bien décidé à le conserver. « Ce sont des antidépresseurs. » Je me mis à rire à nouveau, nerveusement. A deux doigts de péter les plombs. La voix dangereusement rauque, comme si j’avais trop bu, je réitérai mon ordre, pour la dernière fois. « Bien vu l’aveugle. Cela ne te dispense pas de me les donner, illico presto! » Il resta obstinément accroupi près de mon barda, le flacon serré dans sa main droite. Il me défiait du regard. « Tu peux toujours courir Wembley! Si tu crois que je vais cautionner le fait que tu t’empoisonnes la santé, tu te trompes! Si tu les veux t’as qu’à venir les chercher toi-même, compte pas sur moi pour te les filer! » Wembley. Les défis. Sa manie à vouloir me protéger de tous et de tout. Rien n’avait vraiment changé entre nous, si ce n’est que nous avions quelques années de plus. Et surtout, comme s’il n’y avait jamais eu de séparation aussi longue. « Ca ne me détruit pas la santé. Ca me guérit. Chose que nul autre remède n’est foutu de faire. Fais pas le con Ewing, passe moi mes cachets! Et la bouteille de scotch, tant que tu y es. » Cette fois, il eut vraiment l’air interloqué.

Il finit par se relever lestement, tenant toujours mon précieux sésame. Du même geste, je m’étais levée, lui faisant désormais face, un air de défi sur le visage. Nous restâmes à nous regarder un long moment, droit dans les yeux, puis je fondis sur lui, essayant d’attraper le flacon de pilules qu’il persistait à vouloir maintenir hors de ma portée. Au départ j’avais essayé de ne pas le toucher, mais bien vite je compris que je n’avais pas vraiment le choix, ainsi, il se retrouva plusieurs fois dans mes bras, et lui dans les miens, tandis qu’on bondissait partout, tout en se tortillant pour tenter d’échapper à l’autre. Soudainement, Je fus plaquée sur le bureau, presque à plat ventre. Arthur venait de me ceinturer et je me retrouvais piégée de sa poigne. Je me redressai, n’appréciant pas d’être dans une position que je jugeais humiliante, mais ce fut une erreur. Je lui permis ainsi de nicher sa tête au creux de mon cou. Ma main courait légèrement le long de son bras, puis je finis par reprendre mon bien, l’air rageur. Je me mis en sécurité à l’autre bout du bureau, face à lui. Il ne pouvait pas m’attraper. Je lui souris d’un air goguenard. Arthur fut le premier à rompre le silence. « En fait…J’étais venu te parler. » il amorça un pas vers moi, et je me détournai légèrement, maintenant la distance de sécurité offerte par le bureau. Mes pupilles céruléennes semblaient lancer des éclairs. « Me parler de quoi? » Tout en continuant à avancer ainsi, et moi à reculer comme je le faisais, nous avions déjà fait un quart de tour. J’étais prête à détaler si besoin est. Et la distance entre nous me parut beaucoup plus courte. Nous n’étions plus dans le sens de la longueur, mais de la largeur. Arthur vint poser ses mains sur MON bureau, pour se pencher légèrement. Avec un pincement au cœur, je remarquai qu’il portait une alliance. « Pourquoi tu n’as pas répondu à ma dernière lettre? » En mon for intérieur, je m’insurgeai. Un pas en avant pour lui, un pas en arrière pour moi. « Je t’ai répondu! C’est toi qui n’es pas venu quand bien même je te l’aurais demandé! » Il arqua un sourcil interloqué. Cette fois ci, nous restâmes immobiles. De nouveau à nous défier du regard. Je poursuivis. « Je t’ai demandé de venir, tu n’es jamais venu. J’avais de gros problèmes, mais je me suis débrouillée toute seule. » La culpabilité se lisait sur le visage d’Arthur, tandis que je recommençais à trembler, au bord des larmes. Il fit quelques pas, vaine tentative pour me prendre dans ses bras, mais je reculai tout autant, désireuse de ne pas me laisser attraper. De la sorte, nous fîmes à nouveau un quart de tour. Nous étions de nouveau dans le sens de la longueur.

Arthur laissa échapper un lourd soupir. « De quoi s’agissait-il, Eileen? Je dois savoir. C’est en rapport avec…Avec nous? » Il venait de lâcher les mots qui faisaient mal. Je reçus la question comme un coup de poignard en plein cœur. Une larme roula sur ma joue, que je chassai d’un coup de main assez violent. Arthur fit à nouveau quelques pas vers moi, tandis que j’essayais encore de me dérober. « Eileen, c’est ridicule! On va faire combien de fois le tour du bureau comme ça? » J’attrapai un crayon dans le pot qui leur était réservé, avant de le brandir dans sa direction. Ainsi armée, je me sentais davantage en sécurité. « Ne m’approche pas. Je ne veux pas que tu m’approches! On fera le tour de ce putain de bureau tant que tu t’obstineras à vouloir me toucher! Ce que bien évidemment je te déconseille de faire. » Arthur soupira. Je le savais obstiné, quand il avait une idée quelque part, il ne l’avait pas ailleurs. J’affichai un air scandalisé quand il sauta à pieds joints sur mon bureau, pour m’approcher de plus près. De surprise, j’en lâchai mon crayon, qui alla rouler quelque part. Il s’agenouilla pour être à ma hauteur, chiffonnant au passage quelques papiers. « Dis moi ce qui s’est passé Eileen. On se disait tout à l’époque. Tu ne pouvais pas me cacher ça. Surtout si ça avait un rapport avec nous deux » Je me remis à trembler. Il perçut mon trouble, puisqu’il vint me prendre dans ses bras. « Je ne peux pas te le dire. C’est au dessus de mes forces. » Arthur resserra sa prise. Je me sentais presque étouffer entre ces bras dans lesquels je m’étais pourtant si souvent réfugiée. « Où est l’enfant? » Je me raidis, imperceptiblement. Par la barbe de Merlin, comment était-il au courant? « Comment tu as su? » Cette fois, il me lâcha, l’air visiblement mécontent. Je m’en retrouvai apeurée. « La question n’est pas de savoir ni quoi, ni comment, mais où. Où est Alice, Eileen? » Je crus suffoquer en entendant le nom du bébé que j’avais abandonné peu après sa naissance. Notre bébé. Je m’enfuis à l’autre bout de la pièce, plaquée contre le mur. « Ne prononce plus jamais ce nom devant moi, tu entends? » J’avais crié, presque hystérique. Ce fut au tour d’Arthur de vociférer. « J’ai le droit de savoir! C’est ma fille également, Eileen. Notre fille. » Je voulais pleurer. Crier. L’injurier. Le frapper. L’embrasser. Lui faire l’amour violemment sur mon bureau. Le tuer. Piétiner son cadavre. Le mutiler atrocement. Pleurer encore et encore, jusqu’à me dessécher de l’overdose de liquide lacrymal. Je dus rassembler tout mon courage pour composer cette phrase qui me coûta presque toute mon énergie. « Ne remue pas le passé, Arthur. Je l’ai confiée aux autorités compétentes, ils sauront quoi faire avec elle. » Le regard qu’il me lança alors me pétrifia sur place. Il s’avança dangereusement, avant de m’enfoncer ses phalanges dans mes épaules tant sa poigne était forte. « Tu l’as abandonnée? » L’envie de pleurer me prit à nouveau, j’avais mal, physiquement comme mentalement. Il me considéra une dernière fois, avec dégoût, puis il partit, en claquant la porte. C’est à ce moment là que je m’effondrai, pleurant toutes les larmes de mon corps. J’avais réussi à me faire détester de la seule personne qui comptait encore à mes yeux, malgré tout.

x

Deux ans après.
« Tu voulais m’annoncer quelque chose, Eileen? » Je me tenais avec Arthur dans un café. J’en avais pris un corsé, qui m’ébouillantait la langue. Je prenais toujours trop chaud, mais il fallait comprendre, le café froid, ce n’est pas agréable à boire. Il me prit la main qui enserrait la petite cuillère, que j’étais en train de massacrer tant j’étais crispée. « C’est en rapport avec Alice? » Je tiquai quand il prononça le nom de notre fille. Je lui lançai un regard noir, je ne tolérai pas qu’il en parle devant moi. Je pris une profonde inspiration. « Non, c’est en rapport avec moi. » Arthur fronça les sourcils, avant de se frotter les tempes. Il déposa ses lunettes de vue sur la table, lassé de les porter, puis but son chocolat. Aussi loin que je me souvienne, Arthur n’a jamais aimé le café. Tout mon contraire, la journée ne pouvait pas bien se passer si je n’avais pas mon café le matin. Je croisai les jambes sous la table, effleurant accidentellement sa cheville. Je me tortillai un moment, sans aucune classe, mon nouveau jean étant foutrement inconfortable. Puis, je me mis à pianoter nerveusement sur la table. « Je vais me marier, Arthur. » La nouvelle sembla l’abasourdir. Il affichait la mine de celui sur la tête duquel le ciel était tombé. Il avait soudainement blêmi. « Avec qui? » Je levai les yeux au ciel, excédée par ses questions sans importance. Il n’allait quand même pas me faire un interrogatoire, n’est-ce pas? « Là n’est pas la question, Arthur. Ecoute, je t’aime beaucoup, tu le sais ça? Tu seras toujours mon ami quoiqu’il arrive. Mais j’en aime un autre. Et je vais l’épouser le mois prochain. Je voudrais que tu viennes à mon mariage. Que tu sois mon témoin. C’est important pour moi. Je te le demande en tant qu’amie. » A mesure que j’énonçais ma requête, le visage d’Arthur allait en se décomposant. Je me sentais coupable de remuer le couteau dans la plaie de la sorte. Je croisai mes jambes dans l’autre sens, en proie à une grande anxiété. « Arthur? Tu ne vas pas me blâmer de refaire ma vie? C’Est-ce que tu veux, non, que je sois heureuse? » Mon ton se voulait calme et posé, pourtant je ne pouvais m’empêcher d’être sarcastique. Je me dégoûtais, je me comportais comme une véritable garce. Mais il fallait qu’il comprenne qu’il n’y aurait plus jamais rien entre nous. Notre histoire appartenait au passé, elle était morte et enterrée. « Qui c’est? » Arthur s’était levé d’un bond, dans un formidable raclement de chaise. Son poing s’était écrasé sur la table, faisant rebondir son contenu. Son chocolat déborda, formant une auréole sombre autour de sa tasse. Il ne s’en préoccupa guère. D’instinct, je me tassai sur ma chaise. Arthur se mettait rarement en colère, mais quand il le faisait, ce n’était jamais à moitié.

Je m’humidifiai les lèvres d’un coup de langue, avant de me tamponner les lèvres de ma serviette en papier. Celle de mon compagnon avait fini pliée en bateau, Arthur étant un véritable passionné d’origami. « Je me marie avec le skipper Peter Langenberg. C’est un Moldu. Je l’ai rencontré il y a un moment déjà, il m’a demandée en mariage et j’ai dit oui. Si cela peut te rassurer, il a une bonne situation en règle générale. Je ne me suis pas entichée d’un ex-taulard. » Cruelle allusion à la condition d’Arthur, qui avait purgé une courte peine de prison pour des petits délits que les Moldus n’avaient pas appréciés. Il ne percuta pas le sarcasme. « Et nous? » C’était donc sa seule et unique préoccupation? Et nous? Et nous? Je me levai à mon tour, cheveux défaits, furieuse. Je tapai à mon tour du poing sur la table, pour lui montrer que moi aussi je savais bien le faire. « Tu en as eu quelque chose à branler de nous, quand tu as épousé ta pute et que tu lui as fait un gosse? Tu t’en foutais, c’est ça? Et moi, quand je commence à être heureuse, tu râles parce que tu remues les braises de notre putain d’histoire? C’est du passé Arthur, imprime bordel de merde! Du passé! Du putain de passé. » J’avais commencé dans les aigus, j’avais fini dans un filet de voix. Le ton de ma voix diminuait de façon exponentielle, parallèlement à ma stature. J’étais désormais assise sur ma chaise, la tête entre les mains, en train de pleurer. La prude Eileen Wembley, future épouse Langenberg venait d’utiliser plus d’insultes en une seule phrase qu’elle en avait prononcées en une seule vie. Désormais, à la terrasse du café, tout le monde s’était tourné vers nous. Arthur n’avait pas bougé d’un poil, il n’avait même pas cillé quand j’avais déversé ma rancœur contenue depuis quelques années déjà. Je lui avais toujours mortellement reproché son mariage, ne l’ayant jamais réellement digéré. Je n’y étais même pas allée, par fierté. Il brandit un index menaçant en ma direction, et aboya à mon adresse, toute trace de tendresse ayant disparu de ses mots, à présent abrasifs. « Ne parle plus jamais de ma femme et de mon fils de la sorte! Je n’ai aucune leçon à avoir de la part d’une femme qui a abandonné notre fille! » Je reçus le reproche comme une gifle magistrale. Je relevai mon visage ravagé par les larmes vers son faciès déformé par la rage. Enfin, il m’asséna, en même temps que survint le coup de grâce. « Et tu peux toujours courir pour que je vienne à ton putain de mariage! »

x

« Et si quelqu’un parmi l’assemblée s’oppose à cette union, qu’il parle maintenant ou se taise à jamais ». Les yeux larmoyants, je regardais celui qui était désormais mon mari. D’un même geste, nous nous retournâmes vers l’assemblée. J’avais l’impression que Peter et moi étions sur la même longueur d’onde, je ne m’étais jamais sentie aussi bien avec quelqu’un depuis fort longtemps. Sauf quand j’étais avec Arthur. Un léger gémissement, imperceptible, s’était échappé de mes lèvres. En mon for intérieur, j’aurais aimé qu’il soit là. En tant que témoin, comme je le lui avais demandé, ou même à la place de mon époux, pourquoi pas. J’avais vingt-six ans, et j’étais déjà une femme aigrie, meurtrie par le passé. J’avais le cœur bon à l’origine, mais il avait été brisé, piétiné. Saccagé. Le prêtre allait nous déclarer mari et femme, quand soudain les portes de l’église s’ouvrirent en large, laissant apparaître un Arthur essoufflé. Mon cœur bondit dans ma poitrine, comme à chaque fois que je le voyais. « Je m’y oppose! » avait-il hurlé, en se plantant droit dans l’allée principale, qui menait ensuite à la nef. Je tremblais de tout mon corps, et Peter venait de se saisir de ma main. Le prêtre se tourna vers Arthur, pour l’interroger quant aux raisons de son opposition. « Avez-vous des raisons valables? » Arthur ne resta pas là où il était. En deux pas, il fut à côté de moi, son regard brûlant me dévorant de l’intérieur. J’avais l’impression que j’allais me liquéfier sur place. « Eileen, je t’en prie. Ne gâche pas ta vie. N’épouse pas quelqu’un par défaut parce que tu sens le temps qui passe. Tu te rappelles, tu en as toujours eu peur. De ne pas avoir le temps. Je t’aime Eileen. Je n’ai pas forcément fait les bons choix, je t’ai blessée plus d’une fois, mais je tiens à toi. Pas en tant qu’ex petit-ami. Mais en tant qu’ami, en premier lieu. Tu me manques. Tu n’aimes pas que j’évoque le passé, mais je n’ai jamais été aussi bien que quand nous étions ensemble. Nous avons probablement grandi depuis, mais c’Est-ce que je veux retrouver. » Je m’étais figée pendant son petit discours, l’ancien Gryffondor brillait de par sa fougue et par son audace. Il m’avait toujours éblouie, presque aveuglée, mais à présent il rayonnait de façon presque normale. Je voyais clair, je n’avais même jamais été aussi lucide. « Je sais, Arthur. Moi aussi j’y ai pensé. Mais je suis fatiguée de t’attendre. Et quand tu m’es enfin accessible, tu m’échappes à nouveau. Ce n’est pas ça que je veux. Je t’aimerai toujours, mais j’ai choisi. Je veux épouser Peter, c’est pour cela que je suis là aujourd’hui. » Arthur opina doucement, d’un air entendu. Il me lança un regard infiniment triste, tandis que je m’efforçais d’avoir l’air sûre et certaine. Il se pencha vers moi, et effleura légèrement mes lèvres d’un dernier baiser. Un baiser d’adieu. Il s’en retourna là où il venait, et il se tourna vers moi, une dernière fois. « Je reviendrai! Je te le promets! »

EPILOGUE. QUAND LA VIE REPREND SON DROIT.


« Il ne viendra pas. » La voix de ma mère me tira de ma rêverie, me faisant me redresser un tant soit peu. J’avais le nez collé à la fenêtre, mon regard se perdant parmi les tourbillons de flocons épais, qui recouvraient la terre d’un manteau cotonneux et immaculé. Je me tournai instinctivement vers elle, rajustant mon châle sur mes frêles épaules. « Qui ça, Mère? » Mon ton était poli, presque complaisant. Cela faisait des années que nous avions enterré la hache de guerre, depuis la mort de Rohan en fait. Nous étions toutes les deux veuves et éplorées, mais ma mère semblait tenir le choc. Quant à moi, je ne faisais que sombrer, ne trouvant pas véritablement une raison de vivre. A l’ouïe de ma question, la matriarche Wembley eut l’ombre d’un sourire, et porta sa main frêle et noueuse sur mon épaule. « Arthur, ma chérie. Tu as toujours ce regard quand tu penses à lui. » Je pinçai les lèvres, légèrement interloquée. Une mèche de cheveux bruns tomba devant mon visage pâle, presque émacié. Quoique je fasse, maquillage, permanentes, couleurs, nouvelle coupe, j’étais d’une tristesse à pleurer, rien n’était susceptible d’égayer un tant soit peu mon visage anéanti par le poids des années qui passaient, et ravagé par la peine. Je finis par me redresser, mains posées contre le rebord en bois de la fenêtre, dont la peinture vert irlandais s’écaillait. « A dire vrai, je ne pensais pas à lui. Je pensais à Peter. Cela me fait bizarre de me dire qu’il ne sera pas là pour Noël. » Soledad soupira, et vint s’installer sur l’accoudoir du fauteuil où je m’étais enfoncée pour ruminer ma peine. « Tu savais qu’ils envisageaient d’organiser une cérémonie commémorative à la mémoire de Peter? » Je grimaçai en entendant le prénom de mon défunt mari. Je ne savais pas si j’aurais le courage d’y aller, surtout si c’est pour entendre, encore et encore, le récit de la nuit où il s’est abîmé en mer, à bord d’un voilier. La mer. Son seul et unique amour. J’étais toujours passée après, quoiqu’il arrive. Je restais des jours seule, avec les enfants. Parfois je m’imaginais à quoi pourrait bien ressembler ma vie si je l’avais faite avec Arthur, mais rien que le souvenir de mon ami et amant me meurtrissait.

Soledad prit ma main dans la sienne, et la serra doucement. « Tu sais que je n’ai jamais approuvé ton mariage avec Peter. Un Moldu n’était pas le meilleur parti pour quelqu’un issu de notre famille. Ton père n’a jamais digéré cet affront. Pourquoi l’as-tu épousé? » J’en voulus presque à ma mère de ressasser les moments sombres de notre histoire familiale, et que Merlin me garde, mais elle n’avait pas encore évoqué Alice. Alice, le sujet tabou par excellence. Banni de toutes nos conversations. Penaude, je baissai les yeux, avant, d’instinct, me tourner vers la porte. Ma mère sembla comprendre ce qui me taraudait. « Les enfants sont partis dormir, tu peux me parler sans crainte. » J’hochai la tête d’un air entendu, n’étant pas sûre de vouloir m’exprimer. J’évitais autant que possible de prononcer le nom d’Arthur, et pourtant j’allais devoir le faire. « Je…J’ai épousé Peter parce que je l’aimais. » Un mensonge. Il n’y a jamais eu deux hommes dans mon cœur, mais un seul. Et ce n’était certainement pas le beau skipper qui avait occupé mes pensées. Je me souvenais d’un certain Gryffondor que j’avais embrassé pour la première fois dans les vestiaires, lors d’un match de Quidditch… « Ne mens pas à toi-même, Eileen. Je sais que tu as épousé Peter par défaut. Je commence à te connaître, tu sais? » Je ne regrettais pas de m’être rapprochée de Soledad, même si pour cela il a fallu qu’on perde nos maris respectifs. Je passai une main dans mes cheveux, anéantie. « Je…J’ai épousé Peter parce que…Je pensais…Me venger d’Arthur. Je voulais lui faire croire que je pouvais être heureuse sans être avec lui, que ma vie ne tournait pas exclusivement autour de sa petite personne. Mais… » Soledad ne disait rien. Elle se contentait d’hocher la tête à mes dires. Comprenait-elle ce qui me taraudait à ce point? « Mais pour toi, » compléta-t-elle, à juste titre, « être heureuse signifiait être avec Arthur. Mais cela ne s’est pas passé comme tu l’aurais voulu, Arthur a épousé Jennifer et il a lui aussi un petit garçon. Dont tu es la marraine, si je m’abuse? » j’hochai la tête, les larmes me montant aux yeux. Accepter le fils d’Arthur comme filleul relevait purement et simplement du masochisme. J’aurais tellement aimé que cet enfant fusse le nôtre. Mais vous avez déjà un enfant, à vous deux. chantonna une petite voix insidieuse dans ma tête. Alice, tu te souviens? Elle te ressemble beaucoup, et à Arthur aussi… Imperceptiblement, je tremblai. Soledad me serra contre elle.

Je posai ma tête contre sa poitrine, respirant son parfum de menthe poivrée. Je me sentais faible, vulnérable. Inutile. « Il faut que tu restes forte Eileen. Pour toi. Pour les enfants. Ce n’est pas une vie pour eux de voir leur mère couchée à longueur de temps. Tu ne sors plus jamais. Tu passes ton temps dans ce rocking-chair, le chat sur les genoux. Tu deviens vieille avant l’heure. Et par Merlin, arrête de prendre ces foutus cachets! » Une larme roula le long de ma joue. Soledad n’avait pas tort. Cela faisait des années que je prenais des antidépresseurs. J’avais tenté de me suicider un an après la naissance de Sarah, notre premier enfant, à Peter et moi. Je n’ai jamais encaissé la grossesse, ce que j’ai vécu avec ma fille aînée me rappelait tant Alice. Cela avait été trop dur, au dessus de mes forces. Depuis, je n’avais pas vraiment réussi à me relever. Noah est né deux ans après sa sœur, et heureusement pour moi la grossesse s’est mieux passée que la première. J’avais cessé de travailler depuis bien trop longtemps, je ne voyais plus personne. J’étais devenue mère au foyer, mais je ne m’occupais même pas des enfants, laissés au bon soin de leur grand-mère. Je n’étais vraiment pas une bonne mère, il n’y avait pas à dire. J’étais perpétuellement fatiguée, j’avais perpétuellement l’envie d’aller me coucher. Je n’avais plus goût à rien. Je soupirai lourdement, lassée. Je finis par me lever, déséquilibrant légèrement Soledad au passage. « Tu vas où? » finit par me demander ma mère. Je m’étirai légèrement, rajustant mon châle. Il faisait toujours trop froid dans cette foutue baraque. « Je vais me coucher. » C’est à ce moment que Soledad se fâcha. « Tu as déjà oublié ce que j’ai dit? Tu dois t’activer ma fille, tu te laisses aller, ce n’est pas bon! Pense aux enfants! » Je me frottai les yeux, fatiguée. Démotivée. Une vraie épave. « J’y pense, Mère. » Je la saluai brièvement, puis je montai les escaliers, en m’efforçant de ne pas réveiller Noah et Sarah. J’entrai dans la première porte qui vint, me retrouvant dans la salle de bains. J’ouvris l’armoire à pharmacie, puis en sortis un flacon. Le même que celui qu’Arthur avait essayé de me soustraire, il y a bien longtemps, quand nous nous parlions encore. Moi qui pensais que notre amitié résisterait contre vents et marées, je m’étais foutrement trompée. Et je détestais me tromper. Je mis un peu d’eau dans le gobelet qui servait habituellement pour se laver les dents, puis mis deux cachets dans le creux de la main. La dose que je devais prendre. Je soupirai lourdement, tout en m’asseyant sur le bord de la baignoire. Je défiai un instant mon reflet du regard, puis, enfin, je me décidai à tout avaler.
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    hope; let me play with words and your mind »



▌Citation :


    «L'un des pièges de l'enfance est qu'il n'est pas nécessaire de comprendre quelque chose pour le sentir. Et quand la raison devient capable de saisir ce qui se passe autour d'elle, les blessures du coeur sont déjà trop profondes.»

▌Clan : Vive le Ministère, ils vont peut-être nous produire un miracle.
▌Âge : 18 ans
▌Année : Huitième année
▌Maison : Serdaigle
▌Sang : Pur
▌Humeur : incertaine
▌Responsabilité : Préfète-en-chef des Aigles; redresseuse de tords; accessoirement gueularde.
▌Poste au Quidditch : Batteuse.

▌Crédit(s) : (c) zaw & Opium (gif)

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▌Relations:

MessageSujet: Re: Eileen •• Red moon    Dim 11 Juil - 12:47

    Noooon, pas toiiii ! T'imagines que, maintenant, tu vas avoir trois comptes et, connaissant ton incapacité à gérer, tu ne vas jamais mais alors jamais réussir. *SBAF* Enfin, même si tu es dans le coin, bonne chance pour ta fiche ( parce que je crois que tu vas vraiment en avoir besoin ). J'ai vraiment hâte de voir ce que tu vas nous pondre, même si tu n'es pas une poule ( humour douteux ). Enfin bref, comme je suis gentille, ta célébrité a été réservée (aa). ( t'aurais quand même pu le faire mais ... non, je voulais participer ). Par contre, j'espère que tu n'auras pas à prendre plus de place parce que, ahah ! , ne compte pas sur moi pour supprimer mon message ( tu sais le faire comme une vraie grande, si, si ). Enfin, bref, j'arrête mes histoires et amuses-toi bien dans l'écriture !

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      « Dès les premières lueurs
      Oh je sombre. »

      « Il me parait bien loin l'été
      Je n'l'ai pas oublié
      Mais j'ai perdu la raison
      Et le temps peut bien s'arrêter
      Peut bien me confisquer
      Toute notion de saison. »
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You sold your soul to feed your vanity, your fantasies, & lies.


▌Citation :
Il n'y a qu'un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. Un monde ainsi constitué est le monde réel. Nous avons besoin de mensonges pour conquérir cette réalité, cette "vérité".NIETZSCHE

▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 18 ans
▌Année : Huitième
▌Maison : Serpentard
▌Sang : Impur
▌Humeur : lost.
▌Crédit(s) : Ava (c) texas-flood & icon (c) Fox

AND MORE...
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MessageSujet: Re: Eileen •• Red moon    Ven 13 Aoû - 15:08

En direct du wifi du camping Bon, la flemme de changer de compte, maiiis... J'ai bientôt fini ma fiche en fait, que j'ai pas le courage de mettre en forme pour le moment, ayant un temps de connexion limité =/ Brefouille, je fais ça dès que possible, là j'en ai une partie. Appréciez la lecture, ou pas. Finalement, Eileen sera un brin différente de ce qui était prévu, mais vive le changement, quoi (a)

_____________________________________

Alice M. Ewing
Mais je vois à cet œil tout chargé de tempêtes, que ton cœur n’est pas fait pour les paisibles fêtes, et que cette beauté, sombre comme le fer, est de celles que forge et que polit l’Enfer, pour accomplir un jour d’effroyables luxures,et contrister le cœur des humbles créatures. BAUDELAIRE.
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▌Citation :
Parmi toutes les variétés de l'intelligence découvertes jusqu'à présent, l'instinct est, de toutes, la plus intelligente. Friedrich Nietzsche

▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 37 ans.
▌Ancienne maison : Serdaigle
▌Sang : Mélé
▌Humeur : lunatic mood.
▌Emploi : Ancienne médicomage, actuellement mère au foyer.
▌Crédit(s) : (c) broccoli pie

MessageSujet: Re: Eileen •• Red moon    Dim 15 Aoû - 13:16

Voilààà, j'ai terminé \o/ Bon courage à celui qui va se taper la lecture de cette fiche qui fait quelques 19 pages word rien que pour l'histoire Aussi, Eileen est vraiment TRES différente par rapport à ce que j'avais déjà dit sur la box, mais j'avais envie d'un autre genre de perso, alors j'ai tenté (a)
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    hope; let me play with words and your mind »



▌Citation :


    «L'un des pièges de l'enfance est qu'il n'est pas nécessaire de comprendre quelque chose pour le sentir. Et quand la raison devient capable de saisir ce qui se passe autour d'elle, les blessures du coeur sont déjà trop profondes.»

▌Clan : Vive le Ministère, ils vont peut-être nous produire un miracle.
▌Âge : 18 ans
▌Année : Huitième année
▌Maison : Serdaigle
▌Sang : Pur
▌Humeur : incertaine
▌Responsabilité : Préfète-en-chef des Aigles; redresseuse de tords; accessoirement gueularde.
▌Poste au Quidditch : Batteuse.

▌Crédit(s) : (c) zaw & Opium (gif)

AND MORE...
▌Relations:

MessageSujet: Re: Eileen •• Red moon    Dim 15 Aoû - 18:02

Lecture finie. Certes, l'histoire est différente de l'originale mais elle est absolument superbement bien écrite, comme d'habitude. C'est beau. C'est clair. C'est émouvant. La madame est donc validée. File donc finir Eugen pendant que je te change de groupe !

_____________________________________

      « Dès les premières lueurs
      Oh je sombre. »

      « Il me parait bien loin l'été
      Je n'l'ai pas oublié
      Mais j'ai perdu la raison
      Et le temps peut bien s'arrêter
      Peut bien me confisquer
      Toute notion de saison. »
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