AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 rudy • run far away and don't ever look back

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar




MessageSujet: rudy • run far away and don't ever look back   Sam 18 Juin - 5:01

    the only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones that never yawn or say a commonplace thing, but burn, burn, burn like fabulous yellow roman candles exploding like spiders across the stars and in the middle you see the blue centerlight pop and everybody goes "awww!"
    _____Jack Kerouac


_____CARTE D'IDENTITE

Nom: Blok Bowes. Blok dirait peut-être quelque chose pour les admirateurs de poésie: Rudolf est apparenté au poète russe Alexandre Blok par son arrière-arrière-grand-père, venu s'installer à Londres après la guerre civile en Russie. Cela reflète l'ascendance russe de Rudy, bien entendu. Quant à Bowes, sa mère, lady Ophelia (ou plutôt, son grand-père maternel, lord Alastair), a exigé que ce nom aristocrate figure officiellement sur son passeport.
Prénom(s): Rudolf Edgar Sebastian. Un tel train de prénoms est certes accompagné d'un nombre égal d'histoires. On l'a nommé Rudolf (et non Rudolph comme l'ortographe anglais le voulait) après le danseur Nureyev, un ami de son père lors de sa jeunesse et une sorte de compagnon de sa grand-mère Yelizaveta Rukovskaya, grande mondaine qu'elle était, lors de ses saisons à Londres. Edgar, d'après l'oncle de sa mère, noyé dans le lac sur le domaine familial. Puis enfin cet Sebastian – un homme que Rudy voit aller et venir dans le manoir durant l'été, et dont il ne connait strictement rien, dont il a peur. D'après sa mère, Sebastian, ou plutôt lord Sebastian Mothe de Kedleston, serait son parrain, mais il ne lui a adressé que des paroles superficielles jusque-là. Si on suit les convenances anglaises, le nom du garçon serait également accompagné d'un Lord, puisqu'il est fils de baronesse.
Age & Année : 18 ans et donc en 8e année. Il aura dix-neuf ans dans deux mois.
Date & Lieu de Naissance: Né dans la résidence familiale des Bowes, Laurens Hall, un manoir baroque grandiose au sud de l'Angleterre, une pluvieuse journée de mars 2015, plus précisement le 17, coïncidant avec l'anniversaire son homonyme, Rudolf Nureyev.
Sang: C'est assez mêlé de ce côté-là, mais il se définirait lui-même comme sang-de-bourbe. Son véritable père, lord Sebastian, est un sorcier; seulement, Rudolf lui-même ne sait pas qu'il est son fils. Rudy a découvert, il y a de cela quelques temps, qu'une branche de la famille Bowes contient des membres du monde de la sorcellerie. En fait, c'est une famille assez importante dans le monde magique, sûrement pourquoi les Serpentards ne le tourmentent pas assez pour l'impureté de son sang. Il est donc en réalité un sang-mêlé.
Maison : Serpentard. Et, paradoxalement, il en est très fier.


_____DETAILS

Orientation sexuelle: Il ne met pas d'étiquettes à rien, même pas à lui-même, même pas à son orientation sexuelle. Rudy aime tout: les filles, les garçons, pour lui ça revient au même, d'une certaine façon. Les filles, ce sont des êtres douces, fabuleuses, réconfortantes. Les garçons sont brusques, violents, passionés. Si la personne est dotée d'une beauté aussi intérieure qu'elle est extérieure, alors il l'aimera, c'est tout. Le sexe n'y change pas grand-chose.
Baguette Magique: 32 centimètres, bois d’ébène, ventricule de cœur de dragon. Sa poignée est en or et inscrutée de petites émeraudes, un cadeau de sa mère.
Balai: Il n'en possède aucun. Il n'est pas fait pour les sports magiques, se dit-il. Il leur préférera toujours le bon vieux football, l'équitation, le polo...
Animaux: A l'école, Rudy est le maitre fier de deux adorables Welsh Corgis, de race Pembroke. L'un deux, Ichabod, est âgé déjà de dix ans, alors que l'autre, Byron, est encore un petit chiot de sept mois. Ils sont tous les deux bien domptés, loyaux et n'arrêtent pas de pincer les chevilles de quiconque se balade dans les environs. La famille Bowes-Blok possède présentement quatorze Welsh Corgis: tout a commencé il y a de cela des années, lorsque la mère de Rudy était encore une fillette, et que la reine Elizabeth II lui offrit un de ses chiots nouveaux-nés comme cadeau d'anniversaire pour ses treize ans. Il a également, sur la propriété de Laurens Hall, une jument brune nommée Drizzle, toute nouvelle. Il avait, dans le passé, une autre jument, celle-ci blanche tachetée de noir répondant au nom Camilla, qui s'éfrondra durant un match de polo durant l'été de ses seize ans, souffrant d'une crise cardiaque.
Forme du Patronus: Un chiot. Pas un chien, un chiot, plus précisement un Welsh Corgi. Rien de surprenant, n'est-ce pas?
Forme de l'Epouventard: Quand il est confronté à un Epouventard, ce qui est très rare, ce dernier prend la forme de Bertie qui le toise avec ce regard hanté de dédain, regard qui le suit dans ses rêves, dans ses cauchemars, regard qui le fait sangloter dans son oreiller durant les nuits trop solitaires, regards qui lui inspire tant de regrets, tant de nostalgie...
Futur envisagé: Pianiste-journaliste-médicomage. Décidement, il est encore plus qu'incertain de son avenir. Idéalement, il retournerait vivre à Laurens Hall en toute tranquilité, sans rien faire pour le restant de ses jours... Mais il est le cadet de la famille avec très peu d'héritage, il sera donc forcé de travailler. Ouach! Quel avenir hideux lui réserve-t-on.


_____HORS-JEU

Multicomptes? Non.
Star sur l'avatar: Eddie Redmayne.
Personnage prédéfini? Non.
Prénom ou Surnom: Astrid.
Age: Dix-sept.
Code Règlement: ok
Taux d'activité |/7| : 6/7
Où avez vous connu le forum: J'y étais membre il y a deux ans. Je suis pas mal rouillée, donc s'il y a quelque chose qui cloche, dites-le moi ^^'


Dernière édition par Rudolf Blok le Mar 28 Juin - 14:55, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar




MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Sam 18 Juin - 5:17

ACTE I
    Et dans la silencieuse lumière aurorale
    Tout ce qui n'est pas visible sur terre s'illumina.

    _____Alexandre Blok

Anatoly Blok eut ving cinq ans. Toujours pas marié, toujours un Pétersbourgeois fidèle et aimé. Et puis, elle entra dans sa vie comme on entre subitement dans la mauvaise chambre. Mais elle ne s'excusa pas, ne se retourna pas et ne s'enfuit pas. Elle resta dans la mauvaise chambre.
Elle, elle n'avait que dix-sept ans, mais elle, c'était aussi la fille ainée d'Alastair Bowes. Ou plutôt, Sir Alastair Godwyn Bowes, 16e baronet de Laurens. Il ne sut que plus tard qui elle était et à combien s'étendaient ses richesses – sir Alastair n'avait aucun fils. Ils se rencontrèrent par accident, ou presque: une touriste égarée est facile à répérer et à calmer dans le labyrinthe qu'est le musée de l'Ermitage. Elle se tenait devant un Rembrandt et du coup les yeux de Tolya s'agrandirent à la vue de sa tignasse flamboyante, rousse. La fille voulait se donner l'air calme et sereine, mais sa poitrine haletante et les larmes coulant sur ses joues roses disaient autrement, et il le sut, et il eut pitié d'elle.

TOLYA – Étes-vous perdue?
ELLE (se détournant de lui) – Pardon, I don't speak Russian...
TOLYA – It's quite fine. I can speak English if you'd like.
*- Pardon, je ne parle pas russe...
- Ce n'est pas grave. Je peux parler anglais si vous voulez.


Grosse surprise pour la jeune fille, qui s'accrocha aussitôt à son guide anglophone. Tolya devint, au fil des jours, bien plus qu'un guide, d'ailleurs. Elle prenait congé de la famille qui l'avait accueillie, le soir, et Tolya l'emmenait chez des intellectuels, des musiciens, des artistes, des acteurs, des écrivains, des poètes. Elle était hypnotisée par la ville, par Tolya, par ses amis, et se laissait diriger aisément. Le jour qui changea tout, le futur des deux, fut un vendredi. Le théâtre Kirov invita la petite aristocrate d'Angleterre de prendre part à la première d'un certain ballet tout nouveau, choquant, rien de tel vu auparavant sur la scène russe; elle y emmena Tolya. Le soir même, pleins de l'hypnose du ballet, des ballerines et des danseurs, ils l'ont fait debout cloués au mur.
La fille retourna en Angleterre, mais bientôt il fut évident que quelque chose d'intéressant grandissait en elle. On la questionna, l'interrogea jusqu'aux larmes, et enfin on la mit sur un avion en direction de la Russie avec ses deux tantes, Petranilla Bowes-Newdigate et Cordelia Bowes-Cavendish, et de son jeune oncle, l'excentrique Edgar Bowes. Les tantes étaient rondes comme des montgolfières avec des poitrines majestueuses et des caractères forts; Edgar, quant à lui, se fichait de pas mal de choses, incluant l'état de sa nièce, mais la Russie avait du vodka et il avait marre du porto, du whiskey et du gin anglais. Le petit groupe fila à Saint-Pétersbourg où la nièce montra l'appartement du pauvre Tolya à cinq heures du matin, et les tantes ne tardèrent pas à réveiller toute l'édifice.

PETRANILLA – Ouvrez! Ouvrez, nom de nom, ou on défonce la porte et la fout dans vos gueules!
ANATOLY, le sommeil dans les yeux, ouvre – Je peux vous aider? (Puis, voyant la fille qu'il avait aimé il y a de ça trois mois déjà, il sourit, la regarde, voit son abdomen gonflé, ouvre rond les yeux, acquiert la rougeur d'une tomate et fait un pas en arrière.) Ah...
CORDELIA – Justement, ah! N'avez-vous pas honte, espèce de chien, d'abruti, de pervers! A peine descendue de l'avion, et vous l'avez mise dans un tel état!
ANATOLY – Entrez, entrez donc, restez pas là, on me jetera dehors.
PETRANILLA – Et ce sera justice, imbécile!
EDGAR, tandis qu'on entre dans l'apart – Dis, cher ami, vous reste-t-il un peu de vodka?
CORDELIA – Ferme-la, toi.
ANATOLY – Je regrette sincèrement d'avoir mis votre...
PETRANILLA – Notre nièce, elle est notre nièce.
ANATOLY - ... dans un état pareil. Je ferais tout ce qui m'est possible afin de lui venir en aide.
CORDELIA, jetant un regard dédaigneux autour d'elle – Humph! Vous, venir en aide à la fille du baron? Regardez dans quel bordel vous vivez! C'est pitoyable, absolutement pitoyable.
ANATOLY – Eille, je me fiche bien dans quelle merde vous vivez, mais la mienne me convient très bien, merci.
EDGAR – Si on ne remettait pas ça à plus tard?
CORDELIA – La ferme, toi!
PETRANILLA – Non, non, non! Tu ne peux rien faire d'autre que l'épouser.
ANATOLY – Quoi?
CORDELIA – Vous avez bien entendu. Elle ne peut pas retourner en Angleterre ainsi. Vous l'épouserez et vous viendrez chez nous, avec nous.
ANATOLY – Je demande pardon mais le mariage n'est pas dans mes plans immédiats, vous savez...
PETRANILLA – Et ce n'était pas dans nos plans que notre nièce tombe enceinte de votre bâtard! Alors vous l'épouserez, c'est compris?
EDGAR – Bon! On fête ça autour d'un verre.
CORDELIA – Ta gueule!

Deux semaines plus tard, Tolya se convertit de force au catholicisme des Bowes, épousa la jeune et enceinte Ophelia Winnifred Bowes, et devint Lord Anatoly Blok, futur 17e baron de Laurens. Six mois à peine étaient passés que leur premier enfant, un fils qu'ils nommèrent Theodosius Grigory, vit le jour entre les murs sombres de Laurens Hall.

♠ ♣ ♥ ♦


THEO – Je ressemblais à ça, moi?
ELIZABETH – C'est vachement dégeu.
VIVIAN – Il a l'air d'un chaton.
CHARLES – Pfaw! Un chaton? Il ressemble à un tas de merde.
ANATOLY – Charles, fais gaffe!

C'est ainsi que l'on accueilli le nouveau-né dans la famille tandis que la pluie battait sur les grandes fenêtres du manoir. Dehors, les nuages étaient sombres et menaçaient l'Angleterre d'une pluie infinie, mais le gazon était enfin d'un beau vert vif, signe que le printemps s'en venait. Dans la nursery, les enfants Blok et leur père étaient ramassés autour du berceau blanc du bébé qui venait de naitre il y a quelques heures. Theo, âgé de douze ans, gros et blême, aux yeux inquiets en permanence, le dévisagea silencieusement; Elizabeth, onze ans, une enfant charmante avec un regard étincellant d'habitude, lui faisait la grimace; Vivian, huit, se tenait tranquillement sur la pointe des pieds et examinait le petit être de ses yeux limpides et curieux; Charles, cinq, en était complètement dégoûté et sur son visage hautain on décelait un brin de jalousie; Jeremy, trois, dans les bras de son père, était trop jeune encore pour bien comprendre ce qui se passait autour de lui et ne disait rien, se contentant d'observer la scène les doigts dans la bouche. Tolya Blok était maintenant Lord Anatoly, 17e baron de Laurens, et il en était pas mal fier; son mariage à Ophelia avait eu de belles conséquences pour lui, dont la ribambelle d'enfants que le défunt Alaistair Bowes avait voulu de sa fille ainée. Ah! Si seulement ce vieux Alastair était là, aujourd'hui! Il aurait été ravi de ce nouveau être encore tout minuscule qui, espérons-le, sera un jour un grand homme. C'était le sixième Blok de cette génération, et le dernier, et il allait ressembler sûrement aux cinq autres: potelé, les yeux clairs et bleus, les cheveux noirs.

Mais il en fut autrement.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar




MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Sam 18 Juin - 5:19

ACTE II

    Ô vieux monde ! Avant que tu ne meures,
    Pendant que tu languis encore, attaché à ta souffrance,
    Arrête-toi, sage comme Œdipe,
    Devant le Sphinx et son énigme ancienne!

    _____Alexandre Blok


La petite forêt près de la formidable Laurens Hall, ce bâtiment imposant aux murs ternes vieillis par les siècles, était dense malgré sa taille. Ses arbres étaient âgés de quelques dizaines d'années, leurs troncs larges étaient le lieu favori des enfants Blok pour le jeu de cache-cache et, justement, deux d'entre eux se tenaient à l'abri derrière ces arbres massifs, se cachant de Theo qui, bien qu'il avait pratiquement atteint la vingtaine, s'était montré prêt à revisiter les mémoires de son enfance en participant au jeu. Seule Elizabeth, maintenant une jeune femme dangereusement ravissante, ne dégnait pas les rejoindre: le cache-cache, c'était du passé, elle avait dix-huit ans et non dix, elle avait d'autres choses à faire (sous entendu, elle devrait se faire belle, autant mentalement que physiquement, pour la visite de la famille Cavendish et de leur fils de vingt ans, le charmant Richard), etcetera, etcetera. Toujours des excuses avec Elizabeth qui, quand on la surnommait « Liz », partait dans une fureur et monologuait de la malchance d'être remplie de gens aussi idiots, qui ne comprenaient pas qu'un nom est fait pour être prononcé au complet et non pour être transformé, abrégé. Rudy, pourtant, se moquait complètement de ses paroles. Si ça ne lui faisait rien d'être appelé Rudy au lieu de Rudolf, elle pouvait donc se taire.

RUDY – Tu crois qu'il est près?
JEREMY – On l'aurait entendu venir. T'inquiète pas.

Mais Rudy ne pouvait faire autrement que s'inquièter. Il était le plus jeune de la famille, le quatrième fils: il devrait se montrer apte à exceller dans n'importe quel domaine, à être égal avec Theo, Charles et Jeremy. Il ne devait pas perdre, d'ailleurs il n'aimait pas perdre, il détestait le sentiment d'infériorité qui venait avec et les regards condescendants dans les yeux bleus de ses frères et soeurs, ces yeux cérulés dont Dieu n'a pas voulu lui en doter et qui lui faisaient mal, même à l'âge de sept ans. Ils lui disaient avec moquerie qu'il n'était pas comme eux, comme le reste des Blok, qu'il était un étranger, le petit dernier dont personne s'en foutait, qui n'était pas important. Rudy jeta un regard vers Jeremy. C'était un garçon potelé de dix ans, aux cheveux d'ébène coupés court, ses joues joufflues rougis en permanence. Ses yeux étaient ceux de leur mère: grands et d'un bleu sombre, presque violet. Jeremy, lui, semblait comme le reste. Lui, il était un Blok. Rudolf pensait trop, même à cet âge, mais avec une chevelure aussi écarlante et des yeux verts, en plus d'un corps filiforme et d'un visage éclaboussé de tâches de rousseur, il était tout à fait à part de ses frères et soeurs, il se démarquait des autres comme un chat au milieu d'une meute de loups.
Soudain, quelque chose tomba sur lui, l'écrsant contre la terre jonchée de feuilles mortes, et du coup une série de cris se poussèrent de partout. On aurait cru à une invasion barbare, comme dans les cours d'histoire.

THEO – Ha! Je te tiens! Et toi aussi, d'ailleurs, Jerry!
JEREMY – C'est pas juste! Charles t'a dis où regarder!
THEO – L'important, c'est que c'est moi qui ait gagné, alors vos gueules! (Voyant la moue de Rudy.) Oh, Rudolf! Me fait pas cette tête-là. Je t'ai trouvé, un point c'est tout.
RUDY – On peut refaire le match?
THEO – Pas de chance. Les Cavendish s'en viennent dans quelques heures, il faut se préparer pour les accueillir, surtout moi.
RUDY – C'est vrai que tu vas te marier avec Margaret?
THEO (souriant) – Ca serait une belle idée. Elle ferait une jolie petite épouse, Margot, n'est-ce pas? (Il pousse un soupire, puis lâche Rudy et se tourne vers le manoir, dont les tours étaient visibles à l'horizon.) Allez, allez, on rentre. J'ai peur qu'il commence à pleuvoir.

Alors qu'ils marchaient sur la pelouse, vers la majestueuse fontaine qui était tellement grande qu'on pouvait s'y baigner – et c'était justement ce que les Blok faisaient durant les journées étouffantes de l'été – Ichabod, le Welsh Corgi que leur mère venait d'offrir à Rudy pour son septième anniversaire, courrut en aboyant vers eux. Rudy ne cessait d'adorer ce chiot: il était énergétique et d'une telle loyauté qu'il avait fallu l'enfermer dans une chambre pour qu'il ne suive pas son maitre dans ses parties de cache-cache. Derrière sa minuscule forme roux et blanc, on voyait la petite figure aux rondeurs bien définies d'Elizabeth, chevauchant sa jument blonde, complet d'équitation bleu marin, casque et gants blancs inclus. Sur son visage mignon on pouvait lire du dégoût mêlé à la fureur: décidemment, quelque chose de bien terrible venait de se passer. Ichabod sautilla autour de Rudy jusqu'à ce que celui-ci le prit dans ses bras. Elizabeth ne dégna pas descendre de son cheval et les regarda d'en haut, ses yeux violets bouillant de rage.

ELIZABETH – Dompte ton chien, veux-tu?
RUDY – Qu'est-ce qu'il a fait pour que tu cris ainsi?
ELIZABETH – Qu'est-ce qu'il a fait? Ha! Je vais te dire ce qu'il a fait, l'idiot. Il a sauté sur ma chienne! Ma pauvre Rosie a eu une telle peur qu'elle refuse de sortir de sous mon lit. Ton Ichabod est un chien horrible. Je vais dire à maman de le donner à quelqu'un d'autre, ou bien de l'abandonner, ce serait bien meilleur pour le monde entier. Il ne cesse d'attaquer les domestiques, en plus – et moi aussi! Imagine ce que Richard va dire si un chien lui bondit dessus dans les couloirs! Il quittera Laurens Hall pour toujours, et moi --
THEO – Et toi, tu n'auras pas de mari, c'est bien ça?
ELIZABETH – Est-ce qu'on t'a sonné? Non, alors ferme-la, veux-tu? C'est pas assez terrible qu'on attaque ma Rosie, il faut maintenant que mes frères s'allient contre moi pour défendre le sauvage! (Elle tira sur les reins de Susan et commença son trot vers le manoir.) Je parle à maman de ça. Tu veras, Rudy. Demain, il n'y aura plus d'Ichabod.
RUDY – Non!

Il avait du boulot quand il dut expliquer tout ça à ses parents, quelques heures plus tard. Son cri perça le calme des pelouses magnifiquement vertes de Laurens Hall et, du coup, Elizabeth fut soulevée dans les airs. Theo et Jeremy restèrent bouche-bée; Elizabeth elle-même mit un moment avant de réagir mais, quelques secondes passées, elle se mit à hurler de toute la force que son petit corps pouvait possédait. Dans la confusion, sa jument henit, jeta sa belle tête blonde en arrière et se mit au galop, loin du cohus et de sa maitresse criant à tue-tête. En quelques minutes les domestiques sortirent du manoir comme un essaim d'abeilles, paniqués, stupéfaits, dévisageant la jeune fille suspendue dans les airs qui battait ses bras et ses jambes avec folie. Des larmes serpentaient sur ses joues: des larmes de rage, ou de peur? On ne put en dire. Lord Anatoly fut le premier de la famille à accourir vers sa fille, suivi de près par Vivian et les douze Welsh Corgis de la famille. Ophelia et Charles furent les derniers à arriver sur scène, et dès que la baronesse vit ce qui se passait, elle se signa maintes fois et commença à réciter « Je-vous-salue-Marie-pleine-de-grâces! » de sa voix aigue. Et pendant tout ce temps, le regard de Rudy n'avait pas quitté Elizabeth et sa fureur n'avait pas quitté son coeur.

ELIZABETH – Rudolf! Arrête ça tout de suite! Pose-moi sur le sol, Rudy! Eille, Rudy, m'entend-tu? Mon Dieu! Maman! Papa! Aidez-moi, dites-lui quelque chose... Faites quelque chose, bon sang, je n'veux pas mourir!
RUDY – Laisse Ichabod tranquille!
ELIZABETH – Lâche-moi, Rudy!
RUDY – Promet-moi de laisser Ichabod en paix!
ELIZABETH – Pose-moi sur le sol!
RUDY – Promet-le-moi!
ELIZABETH – Après, Rudy, après!
RUDY – Non, maintenant! Promet-le-moi!
ELIZABETH (exasperée) – Rah! Je promets de ficher la paix à ton foutu chien! T'es content?


En une minute, Elizabeth se cramponnait au sol, de peur et de douleur, alors que Rudolf, Ichabod dans ses bras, se laissait amener par les mains tremblantes de sa mère à la chapelle dans l'aile nord du manoir baroque. Sa mère lui demanda s'il regrettait son pêché; il mentit que oui, mais il n'y avait rien à regretter dans tout cela, Elizabeth avait bien mérité son effroi. D'ailleurs, c'était amusant de la voir crier, pleurer, se déchirer dans les airs, il en avait presqu'un plaisir hideux. Mais ce « Oui, mère, j'ai peché et je le regrette» ne changea pas les choses en sa faveur: s'ensuivit plus d'une heure de prières et de chant latins. Rudolf crut que sa tête allait exploser en morceaux, tellement elle lui faisait mal, tellement toute cette cérémonie était inutile bien que, à sa fin, il sortit de la chapelle avec une étincelle de plus de foi. Sa mère l'éloigna de la sorcellerie, ou c'était du moins ce qu'elle croyait faire en l'emmenant prier. Les semaines suivantes, elle ne quitta guère son plus jeune fils dont l'âme empoisonné avait besoin de la main délicate du Divin pour le rassurer. Du matin jusqu'au soir, la vie de Rudolf se résumait en une seule chose: Dieu. Pourtant, quelques années plus tard, lorsqu'une lettre étrange d'un certain Poudlard arriva par hibou, il n'y eut plus aucune doute: lord Rudolf Blok, fils de la baronesse de Laurens, était un sorcier.

Vous pouvez sans doute imaginer le chaos qui succéda à l'arrivée de cette lettre.

Ophelia, croyant que le diable s'était épris de son fils adoré, pleurait, se signait, priait en même temps; Anatoly tentait de la calmer; Theo lisait et relisait la lettre, les yeux grand ouverts; Elizabeth était assise sombrement dans son coin, de peur que son frère le sorcier ne l'attaque de nouveau; Charles, le nez haut, continuait de mastiquer son petit déjeuner, faisant semblant que rien d'intéressant ne se passait dans les alentours; Vivian, un sourire dessiné sur ses jolies lèvres, demandait à Rudolf si elle aussi, elle pourrait être sorcière (l'entendant, Ophelia se mit à pleurer de plus belle et on dut appeler le prêtre) alors que Jeremy regardait son petit frère fièrement, tout en pouffant de rire dans sa tête de l'état des choses. Et Rudolf, dans tout ce brouhaha, jetait son regard vert autour de la salle à manger avec inquiétude tandis qu'Ichabod lui léchait la cheville pour qu'il lui jette un morceau de bacon. Ses yeux descendirent au chien âgé de presque quatre ans: c'était un bon ami, un compagnon amusant, bien qu'un peu irritant, mais c'était aussi quelqu'un qui le comprenait parfaitement, qui semblait saisir ce qu'il lui disait, ou du moins c'était ce que Rudy sentait lorsqu'il observait ses yeux noirs et ronds.

RUDY – Je suis un sorcier, Ichabod.

Et les pleurs d'Ophelia s'amplifièrent d'une telle façon que l'on croyait assister à un accouchement difficile.

♠ ♣ ♥ ♦

Le premier septembre. Il avait attendu, impatiemment, des mois pour que ce jour finit par arriver. La famille Bowes-Blok arriva à King's Cross à l'heure convenue et, comble de la confusion, lord Sebastian Mothe, cet élégant gaillard aux lunettes de soleil rondes qui ne quittaient pas son nez, cet homme mystérieux qui rendait si souvent visite à sa mère et prétendait être le parrain de Rudolf, les accompagna. Rudy le dévisagea sous ses propres lunettes de soleil, assis à côté de lui dans son vieux Bentley sorti tout droit d'un autre siècle. C'était connu, Sebastian était un excentrique qui adorait collectionner de vieux trucs, des autos des années quarante, des disques vinyl, il s'habillait même comme les dandy anglais qu'on voyait dans les livres d'histoire. Portrait d'un lord, année 1935, très certainement diplomé d'Oxford semblait dire son costume, tweed inclus. C'était le rêve de Rudy de fréquenter Oxford, comme ses frères aînés et son grand-père, son arrière-grand-père, son arrière-arrière-grand-père, et tout le reste avant lui, avaient fait. Mais apparemment, il n'en aura pas la chance. Il allait à une école nommée Poudlard, isolé du monde, une école de sorcellerie, et c'est en pensant à Oxford que Rudolf eut un pincement au coeur et était sur le point de crier « Arrêtez la voiture! Je veux retourner chez nous. Je ne veux pas être sorcier. » Sa curiosité, qui le dévorait depuis des mois, l'en empêcha. Il avait besoin de savoir qui étaient ces sorciers, qu'est-ce qu'ils faisaient, pourquoi ils étaient là, pourquoi personne n'avait aucune idée de leur existence cachée. Sa tête encore pleine de possibilités et d'anxiété, il ne remarqua même pas la frénésie se déroulant autour de lui: le quai 9¾ n'existait pas, et sa mère était certaine que tout cela n'était qu'une farce concoctée par un de ses fils pour la ridiculiser. Lord Sebastian mit une main assurée sur son épaule et lui expliqua qu'il faudra s'y rendre en courant à toute vitesse. Quoi, se fracasser contre la barrière? Oui, justement, vous n'allez pas vous fracasser. Et il envoya Rudy en premier. Lord Sebastian avait raison: Rudy était sain et sauf, de l'autre côté de la barrière, et l'étonnement se lit sur son visage plein de taches de rousseur lorsqu'il se vit au milieu d'une marrée de capes noires, d'hibous, de chats, de parents disant adieu à leurs enfants, de petits frères et soeurs pleurnichant...

SEBASTIAN – Ah! On a oublié de t'acheter un hibou. Bon, rien de grave, tu utiliseras le mien, il saura te reconnaître.
RUDY – Lord Sebastian?
SEBASTIAN – Oui, mon enfant? (Il vit la confusion dans les yeux de Rudolf.) Oh! Oui, oui, je suis bien un sorcier. (Il eut un sourire.) C'est vrai, je me suis assez coupé de leur monde, mais n'empêche que mes racines restent ici. (Il descendit sur ses genoux.) Écoute, mon enfant, j'ai quelque chose d'important à te dire. Tu rencontreras sûrement des ennuis à l'école avec des petits mordeux: ne leur prête pas attention. S'ils te harcèlent inutilement, dis-leur que Sebastian Mothe est ton parrain, et que tu appartiens à la famille Bowes. S'ils savent bien l'histoire basique du monde magique contemporain, ils te laisseront tranquille. Sinon, envoie-moi un hibou et je tâcherais de rendre leur vie misérable. C'est compris, mon enfant?

Et ainsi, dans l'anarchie la plus inouie, on l'arracha de main en main, on l'embrassa, Ophelia pleura et pleura jusqu'à ce que Sebastian lui caressa le dos pour la calmer. Anatoly lui secoua la main comme s'il était déjà un homme et lui souhaita bonne chance, Theo lui ébouriffa les cheveux, Elizabeth lui donna un petit baiser sur la joue pour qu'ils partent sur un pied d'égalité, Charles lui fit une simple signe de la tête, Jeremy ne voulut pas quitter ses bras et Vivian non plus. Bientôt Rudolf fut propulsé dans l'inconnu, à Poudlard, où les mots de Sebastian eurent l'effet désiré et où Ichabod eut bien du plaisir en se baladant dans un château aussi immense, le double de Laurens Hall. Rudolf était réellement un sorcier, maintenant.


Dernière édition par Rudolf Blok le Sam 18 Juin - 18:30, édité 4 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar




MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Sam 18 Juin - 5:20

ACTE III
    The air was soft,
    the stars so fine,
    the promise of every cobbled alley so great,
    that I thought I was in a dream.

    _____Jack Kerouac


Les étés sont, pour les enfants de tous âges, une occasion rêvée de se reposer, de ne rien foutre, de se bronzer sous le soleil quasi-inexistant d'Angleterre et de commettre mille et une bêtises. Cependant, lorsqu'on était l'enfant d'une baronesse, les contraintes de notre entourage étaient trop difficiles à détourner, surtout lorsque votre mère se nommait Ophelia Mary et qu'elle était une Catholique dévouée qui pratiquait une discipline rigide. Les Blok devraient donc se trouver leurs manières à eux de se réjouir durant les trois mois de liberté, mais Rudolf n'eut pas à chercher très loin. Lorsqu'il mit bien dans le manoir après une septième année complétée de façon plus que satisfaisante à Poudlard, ses parents et tantes avaient déjà eu l'idée glorieuse d'organiser un bal pour le petit bonhomme pour célébrer, de trois mois en retard, son dix-huitième anniversaire. Rudolf rentra donc pour faire face à une myriade de domestiques qui s'affairaient dans tous les couloirs et toutes les chambres, à un tailleur qui lui prit les mesures avec une rapidité surprenante, à une Ophelia tellement occupée que – blasphème! – elle oubliait parfois de se rendre à la chapelle pour prier, à une soeur qui se faisait jolie pour attirer l'oeil d'un beau fils de noble, à des frères impatients à l'arrivée des invités. La moitié de l'aristocratie anglaise fut invitée ce soir-là, un soir doux parfumé de fleurs et de bon vin rouge. Rudolf se prépara comme les autres, bien que c'était lui le star du bal. Il aurait sur le bras lady Amelia Balmey, cousine éloignée de son parrain lord Sebastian Mothe, et mourrait d'impatience de la voir de nouveau, et peut-être cette fois ferait-il bien plus que la dévisager comme un débile.

Et enfin... l'heure sonna, les aristocrates et les invités sortirent de leurs chambres et descendirent à la grande salle. Rudolf se tenait près des escaliers, observant la foule de gens se formant en bas: des femmes séduisantes au cou et aux épaules dénudés qu'il avait envie de caresser, des hommes se tenant droit et fier et passant une main occasionnelle dans leurs cheveux luisants, des fillettes en robes colorées avec des petites fleurs dans leurs tignasses, des garçons qui fixaient toute la richesse de Laurens Hall d'un regard incrédule. Il décela la belle figure d'Amelia à l'autre extremité de la salle. Ils s'étaient rencontrés une fois, l'été passé, lorsque ce mystérieux Sebastian l'avait apportée avec lui lors d'une visite hebdomadaire, mais tous les deux avaient été trop timides pour se parler, il se souvenait donc seulement de ces gros yeux sombres qui semblaient percer son âme et détenir du plaisir à le tourmenter. Amelia ne tarda pas à le voir, posté en haut des escaliers majestueux, et en tout cas sa chevelure écarlante n'était pas facile à ignorer. Elle le rejoignit sur les escaliers. Du coup il sentit la rapidité avec laquelle son coeur tambourinait sa cage thoracique, rien qu'à la vue de cette fille. Elle lui étendit une main tremblotante; il fut plus que ravi de la baisa, avant de lui étendre le bras. Ensemble, ils descendirent à la grande salle, et le bal commença. Mais ça, ce n'était pas l'important: l'important était à venir.

♠ ♣ ♥ ♦

Alors là, on n'est plus au théâtre. On est dans la vraie vie, la vie où les coeurs battent la chamade, des gouttes de sueur perlent nos fronts, nos mains sont pris de tremblements terribles à peine contrôlables, nos joues s'emflamment au moindre regard partagé, notre souffle est saccadé à la moindre parole adressée. C'est ce qui arriva à Rudolf du moment où leurs regards se croisèrent, où le brun doré rencontra le vert jaunâtre. Et ce n'était pas avec Amelia que la vie se passait, pas maintenant en tout cas. Elle, elle dansait, elle tournoyait gracieusement avec Charles et Rudolf s'en fichait complètement à présent de ce qui se passait à quelques mètres de lui. Ce qui était important, c'était celui qui se tenait devant lui, un verre de vin rouge tenu délicatement entre ses doigts effilés, c'était cette figure svelte qui se perdait dans son smoking, c'étaient ces cheveux qui tombaient devant ses yeux. Toujours en le dévisageant gravement, il ouvrit la bouche et la laissa ainsi pendant quelques secondes avant de parler.

« Tu es à Serpentard, c'est ça? » dit-il. Sa voix était rauque et railleur, et devant l'air ébahi de Rudolf, il ajouta: « Tu n'es pas le seul sorcier dans la salle, tu sais. » Il eut un petit sourire et prit une gorgée de vin. « Albert Balmey, ou préférablement Bertie, à votre service. Si vous m'appelez Albert je vous casse la gueule. » Rudolf eut un regard nerveux; le voyant, Bertie se pouffa de rire. « Ah, la jeunesse! Je me rappelle de ces misérables années... J'étais à Poufsouffle, alors imagine, c'était bien plus pire. On ne respecte pas les Pouffies de la même façon qu'on respecte les autres, tu sais. » Une autre gorgée de vin. Le verre était presque vide. « Mais toi, à Serpentard? C'est bien étrange. Je te croyais toujours un bon petit garçon. »

Rudolf lui jeta un regard contrarié. Oui, il avait l'air d'un gentil mec, mais il ne l'était pas, même s'il s'en doutait lorsque le Choixpeau avait crié « SERPENTARD! » dans la grande salle, il y a de cela déjà sept ans... Les premières années, il ne cessait de se demander pourquoi Serpentard, pourquoi cette maison de gros méchants et de caractères rusés, alors que lui n'était ni l'un, ni l'autre? Puis, durant sa quatrième année, il se découvrit, il sut ce qui se passait réellement dans sa tête, ce qu'il désirait, ce qu'il était. Il aimait voir souffrir, il en recevait du plaisir, un plaisir stupide et dégoûtant, mais il en recevait quand même. Et puis, sa jalousie était monumentale, elle pourrait apparaître en une fraction de seconde rien qu'avec un regard jeté en direction de la fille que Rudolf convoitait. Il pourrait même aller jusqu'au meurtre; du moins, c'était ce qu'il croyait en sentant le sang bouillir dans ses veines.

« Je ne suis pas un bon petit garçon. D'ailleurs, vous ne me connaissez pas, comment pouvez-vous prétendre que – » Bertie leva sa main pour l'arrêter et posa un doigt sur les lèvres de Rudolf, doigt fin et blanc et magique sur des lèvres charnues et roses. Son coeur allait s'arrêter, il en était sûr. « Plus de vousvoyement, ça me donne envie de pleurer, mon petit. » Il enleva son doigt – remets-le là, je t'en prie, remets-le! – et son regard le parcourru des cheveux roux jusqu'à la pointe des pieds. « Je connais tout, je vois tout, je suis l'ami de tous, petit Rudy. Sebastian ne me dit que du bien de toi. Je le vois assez, les liens germains sont importants à préserver, tu sais. » « Sebastian ne me connait pas, non plus. » Bertie fronça les sourcils. Puis, posant sa main sur l'épaule de Rudy – ce dernier eut un tremblement de genous – il l'emmena doucement vers le bar. « Allez, tu vas tout m'expliquer autour d'un peu de vodka. T'es à moitié russe, après tout, et les Russes savent comment bien boire. »

Quinze minutes plus tard, leurs joues cramoisies par l'alcool, ils aboutirent dans les jardins. Les étoiles brillaient glorieusement au-dessus de leurs têtes dans un ciel d'encre. Autour d'eux courraient et aboyaient des Corgis; Rudolf aperçut Ichabod qui suivait un jeune couple, ses yeux posés sur le canapé que la femme tenait entre ses doigts. Bertie eut un cri en les voyant. « C'est à vous, tous ces chiens? » Rudolf suivit son regard stupéfait qui s'était posé sur une dizaine de Corgis s'étant rassemblés autour de Vivian. Elle leur donnait des morceaux de viande avec sa grace habituelle, devenue encore plus belle dans sa robe immaculée. « Vous êtes sacrément fous, » dit Bertie. Rudy sourit; c'était la réaction de pratiquement tout le monde lorsqu'ils voyaient la horde de chiens, la plupart roux-et-blanc, quelques uns comme des petites vaches avec leurs robes noir-et-blanc. « On en possède treize maintenant, mais Tilly va bientôt mettre bas, donc on va en avoir plus ou moins dix-huit. » Tilly était la chienne de Vivian. Rudolf et Bertie se baladèrent doucement jusqu'à la fontaine où la fraicheur de l'eau les accueillit. « Tu peux m'en donner un? J'adore les chiens quand ils sont petits. » Rudolf eut un sourire. « Je peux demander à Vivian si elle te donnera un de Tilly. » Bertie gloussa de plaisir. « Fabuleux, absolutement fabuleux. » Il s'assit au bord de la fontaine et trempa ses doigts dans l'eau fraiche.

« Alors, cher Serpentard, pourquoi t'a-t-on foutu dans cette maison merdiquement mordante? » Rudolf fronça ses sourcils. Bien que Berite l'enchantait, l'hypnotisait, il n'aimait pas son ton en parlant de la maison où Rudolf avait passé sept années assez folles et intéressantes. « Parle de Serpentard avec un peu de respect. » Bertie se mit à rire, un rire vigoureux, éclatant, qui semblait se répandre sur toute la pelouse, Rudolf était même certain qu'on pouvait l'entendre dans la grande salle parmi les violons et les cellos et les trompettes qui jouaient du vieux jazz des années 1930. « Ah, mon petit chiot! Je vois que t'es un Serpentard loyal, toi. Mais la loyauté est une qualité de Gryffondor, pas de Serpentard. Es-tu rusé? » « Je... je ne crois pas. Pas très rusé, en tout cas. » « De sang pur? » « Visiblement, non. » « Serais-tu adepte de la magie noire, par hasard? » Son sourire s'étirait jusqu'à ses oreilles en disant cela. Rudolf secoua négativement la tête. « Alors, pourquoi Serpentard? »

Rudolf regarda au loin, au-delà de la fontaine, au-delà de la pelouse. Il voyait la forêt, même enrobée de noir, et le lac où scintillaient les étoiles comme une poignée de diamants. « Je veux devenir un homme grand, admirable, » dit-il finalement, ses doigts jouant avec les boutons de sa veste. « Je... lorsque je désire quelque chose, je l'ai, sinon je travaille pour l'avoir. » « Ah, alors là, c'est bon. La détermination, l'ambition. Oui, oui, continue, continue. » Rudolf était surpris par l'enthousiasme de Bertie. Il l'observa un moment, observa ces lèvres minces étirées en un sourire de dédain, puis continua. « Je veux être remarqué par tous, je veux être admiré par tous. Et je suis jaloux, impitoyablement jaloux. » Bertie hocha la tête, finit son verre de vin et le balança dans la fontaine. Un bruit d'éclats, puis un 'gloup'. « N'as-tu pas d'yeux pour Amelia, ma soeur? Elle a choisi de danser avec Charlie ce soir. Pourtant, tu ne fais rien. Elle est où, ta jalousie? » C'est parce que ce n'est pas Amelia qui m'a envoûté, pas ce soir, pas tant que tu seras là, voulait murmurer Rudolf à son oreille, mais au lieu de ça il haussa les épaules et se mit à marcher autour de la fontaine.
« Tu sais, » dit Bertie, se levant à son tour. « Lord Sebastian était aussi à Serpentard. »


Dernière édition par Rudolf Blok le Sam 18 Juin - 19:20, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar




MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Sam 18 Juin - 5:20

ACTE VI
    If only it could be like this always,
    always alone,
    always summer.



« Bertie! » Rudolf se jeta dans ses bras sans pensée précédente. Enfin, il était là, Bertie était là, sur la pelouse de Laurens Hall, devant le vieux Bentley de lord Sebastian, et il avait ses bras autour de Rudolf et le haussait dans les airs comme s'il était un gamin de cinq ans et non un jeune homme de dix-huit. Et lord Sebastian riait doucement dans l'arrière plan, ses lunettes de soleil habituels couvrant ses yeux – d'ailleurs, Rudolf n'avait jamais vu leur couleur –, et Amelia se tenait à côté d'eux, surprise que Rudolf ne se catapulta pas sur elle en premier. En se retirant de Bertie il l'examina de haut en bas: elle était belle, plus que belle, plus que merveilleuse, elle était bien roulée, sa peau rose-sur-crème donnait envie de la caresser, de lui donner assez de plaisir pour que le rouge s'intensifie et qu'elle devient encore plus désirable. Juste au moment où il voulait lui baiser la main, Charles s'interposa entre eux et le fit à sa place. Il sortait réellement de nulle part, ce gars-là; il lui envoya un regard noir avant d'offrir son bras à Amelia. « Un petit tour de la fontaine, ma chère? J'ai quelque chose de bien intéressant à vous rencontrer. » Amelia, rougissant, prit son bras, laissant Rudolf bouche-bée. « Je vois maintenant ce que tu voulais dire par ta jalousie, mon chiot, » dit Bertie à voix basse. « Rien qu'à te voir, je comprend. » « Je ne suis pas jaloux, Bertie. » Mais Bertie ne le crut pas, se contentant de secouer sa jolie tête dorée. « C'est trop chaud pour rester dehors, maintenant. Viens, mon ami, tu me montreras tes talents de pianiste. Sebastian – euh, lord Sebastian, je veux dire – m'a parlé des belles valses que tu exécutes chaque Samedi soir, après le souper. Mais, je te préviens, je déteste la musique enjouée. Trouve-moi quelque chose de fort, d'intense, de sombre, quelque chose qui me fera pleurer avec plaisir. » Il lui joua du Satie.

Les dernières semaines de l'été filèrent à contrecoeur. Bientôt, Bertie retournerait chez lui, Amelia aussi, l'enchantement serait rompu, et Rudolf rentrerait à Poudlard, et Charles profiterait de son absence pour épouser Amelia et briser le coeur de son petit frère tant abhorré. Tous les matins, désormais, ou du moins lorsqu'il dormait dans sa chambre et non celle de Bertie après leurs parties ridicules d'échecs – accompagnées toujours d'une multitude de bouteilles de vins divers, de vodka, de whiskey, de cognac – où Bertie, soûl, finissait toujours par renverser les morceaux, ou encore sous les étoiles après leurs débaucheries nocturnes, Rudolf se dévisageait longuement dans le miroir bordé de bronze. Finalement, il avait quelqu'un qui aimait sa chevelure rousse, ses yeux verts et or, sa figure élancée, ses taches de rousseur, ses lèvres presque trop charnues, sa voix enrouée. Du moins, quelqu'un à part sa mère et Ichabod. Il ne savait pas encore si le chiot nouveau-né de Tilly qu'il avait choisi l'aimerait; il espérait que oui. Il n'avait pas encore de nom et se retrouvait le plus souvent près de la fontaine. Durant des heures il examinait sa réflexion dans l'eau claire, y trempait une patte, puis y sautait, se baignait, nageait à son comble jusqu'à ce qu'il appercevait son maître désirant faire une promenade sur la pelouse ou dans la forêt. Ce matin, il était sur le lit, collé à Ichabod qui en était bien grincheux, alors que Rudolf se préparait à son aise. Il y eut un coup à la porte.

« Entrez, » dit Rudolf, enfilant rapidement une paire de pantalons. Il était à moitié nu lorsque Bertie entra. Ce dernier s'arrêta un instant, ouvrit grand les yeux et observa le corps pâle mais bien sculpté qui s'offrait à sa vue. « Tu ne me laisses pas voir plus que ça? » dit-il, un sourire sur ses lèvres. Rudolf retint sa respiration. Devant son air attentif, presqu'effrayé, Bertie pouffa de rire. « Dommage. Tu es beau, mon Rudy. Très beau. Comme une sculpture. » Ses yeux, si grands, si bruns, se voilèrent de quelque sentiment magique que Rudolf ne pouvait saisir, mais cela ne dura pas longtemps. « Et si on sort les chiens, ce matin? Le mien n'arrête pas de mâcher les meubles et faire caca partout. » Il regarda en bas: sans surprise, son chiot était assis à côté de son pied, la langue pendante. « Je l'ai nommé Archibald. Archie. C'est adorable, non? »

Le soleil ne voulait pas sortir de sa cachette, cet après-midi là, et le ciel était jonché de nuages grisâtres et grognons, mais qu'importe, puisque lui, il avait Bertie, qui tentait de garder son équilibre en courrant sur le rebord de la fontaine tandis que les chiens le déstabilisaient avec leurs aboiements. Rudolf, assis au sol quelques mètres plus loin, sirotait son brandy calmement, le chiot sans nom sur ses genoux. Près de lui jouait une disque ancienne sur une gramophone qui aurait appartenu à son arrière-grand-père, lord Ashely Bowes, et il était surpris qu'elle fonctionnait encore à merveille. Ils avaient un tas de choses à faire aujourd'hui, que le ciel soit clément ou pas, ils s'en fichaient bien. Demain soir, Bertie et Amelia (bien qu'Amelia était loin, très loin de leur petit monde en ce moment, et donc était sans importance) retourneraient chez eux, à l'autre bout de l'île. Rudolf ne les verrait plus jusqu'à ses vacances de Noël et cela le mettait dans tous ses états: est-ce qu'ils s'écriraient des lettres régulièrement? Est-ce que Bertie pourrait lui rendre visite de temps en temps, à l'école, ou bien à Pré-au-Lard autour d'une large tasse de bierreaubeurre? Est-ce... Dieu l'en garde!… est-ce que Bertie l'oublierait?

« Il y a de cela treize longues années, je ne cessais de me ronger les ongles, » dit Bertie d'une voix empreinte de nostalgie en s'asseyant sur le bord de la fontaine. « Poudlard! De la magie! De la sorcellerie! Ah, c'était une journée effrayante, je m'en rappelle très bien. » Rudolf se leva et alla vers lui, dodelinant doucement du corps dû au brandy un peu trop fort. « Tu as quel âge, Bertie? » demanda-t-il, l'observant lagoureusement, son verre aux lèvres. « Pourquoi veux-tu le savoir? » dit Bertie. « Tu connais le mien, j'aimerais connaître le tien, quoi. » Puis le regard de Bertie se perdit dans le vide tandis que ses lèvres remuaient au mot « Vingt quatre. » « Tu en as honte, Bertie? » « Oui, j'en ai honte. Extrêmement honte. Je veux rentrer dans le sol, tellement j'en ai honte. C'est honteux, absolutement, indéniblement honteux. » Rudolf s'assit près de loin, sur le rebord de la fontaine, et ses doigts jouèrent avec l'écharpe crêpe de Chine de son ami, caressant la texture soyeuse. « Pourquoi? » lui murmura-t-il à l'oreille. « J'ai six ans de plus que toi. Je suis trop vieux pour ton monde, mais tu continues de ruiner la mienne avec... avec ta naïveté, ton innocence. Tu es comme un gamin, Rudy. Et je suis comme Ichabod, serré dans tes bras jusqu'à l'éternité. » Bertie poussa un soupir las et, de ses doigts si minces, si fins, il sortit une boîte de cigarettes de sa poche, en alluma une et la porta à ses lèvres tandis que Rudolf observait chaque geste, chaque mouvement, le souffle coupé, la bouche sèche. Dans sa tête filèrent les mots de Theo, ce Theo de trente ans encore célibataire, adressés il y a de cela quelques jours, peut-être une semaine, Rudolf n'en savait plus...

« Je ne veux pas que tu continues de le fréquenter, Rudolf. »
« C'est à moi de décider qui fréquenter, Theo. J'ai dix-huit ans. »
« Je m'en fiche royalement de ton âge. Tu es mon petit frère et il est de ma responsabilité de te diriger vers le bon chemin, et Albert Balmey est loin de s'y trouver. Remercie Dieu que père et mère sont absents ce mois-ci – tu imagines ce que mère dirait de ton comportement? Tu bois jusqu'à livresse avant même que le soleil se couche. Tous les jours. Je vous entends courir dans les couloirs comme des mômes déments au beau milieu de la nuit. Et les livres que vous lisez, que vous laissez partout dans la maison, des livres dégoûtants... C'est scandaleux, Rudolf! Scan-da-leux! Et tu fumes, d'ailleurs tu as une odeur absolutement dégoûtante, même les domestiques l'ont notée. Tu t'associes avec le pire du pire, avec de la pourriture, avec le rebut de l'humanité. Ta réputation est en train de se ruiner, Rudolf – »
« Mais quelle réputation? Hm? Je n'en ai jamais eu, de réputation. Depuis mes onze ans je vis dans l'obscurité. Je ne me sens même pas comme un Blok – je ne suis pas un Blok, je ne l'ai jamais été. Alors ma réputation, tu peux aller le foutre où tu veux. »
« Tu commences même à parler comme un salaud, Rudolf! Fais attention, je t'en pris, laisse Balmey de côté. »
« J'aime être ivre l'après-midi et j'aime courir dans les couloirs comme un débile, et j'aime lire les livres que je lis. Tu ne peux rien y changer, Theo. J'ai là une bouteille de champagne ouverte très récemment, ce matin-même – tu veux un petit verre? »


Et Theo, le visage rouge de fureur, était sorti d'un seul coup de la chambre de Rudolf, ne laissant derrière lui aucune signe de passage sauf les aboiements du petit chiot sans nom... D'ailleurs, ce dernier fixait les adultes d'un air curieux, la tête penchée de côté, une oreille pendante. C'était un chien admirablement adorable: ébouriffé, noir et blanc ce qui était une rareté parmi les Welsh Corgi de race Pembroke, avec de toutes petites pattes, il se baladait pourtant autour de Laurens Hall comme s'il était le plus gros chien qui y vivait. Ichabod était dans les alentours, sûrement se baignant de l'autre côté de la fontaine, et Archibald, le nouveau Corgi de Bertie, observait la gramophone avait intérêt. Bertie soupira encore et écrasa son mégot contre la pierre du rebord avant de le jeter plus loin. « The love where Death has set his seal, nor age can chill, nor rival steal, nor falsehood disavow... *» récita-t-il de mémoire d'un ton rêveur. « Keats? » dit Rudolf. « Non, Byron. J'adore Byron, c'est la génie et la folie mêlées en un seul homme incroyable. » « J'aimerais bien le croire, ses mots me semblent trop... fausses. Sincères, mais fausses. » Bertie se tourna vers lui d'un bond, choqué. « Comment ça, fausses? Ce qu'il dit est vrai. Je le sais, c'est vrai. L'amour qu'il peint est bien réel. » Et là, ces mots à peine prononcés, Rudolf savait qu'il parlait de lui, et il sentit ses joues s'enflammer et ses mains trembler doucement lorsque, timidement, des lèvres minces effleurèrent les siens.

« J'aimerai que l'été ne finisse jamais. »

♠ ♣ ♥ ♦

Rudolf était confus. Plus que la moitié de sa vie, il avait été confus, un enfant confus, un adolescent confus, puis maintenant il se transformait en un homme confus. Sa jument marchait au trot calmement à côté de celle de Bertie, mais Rudolf était loin d'être calme. Et puis, ils surgirent devant eux: Amelia, belle à croquer, les joues roses, sa main délicate et blanche posée sur le bras de l'abominable Charles, grand et fier et détestable comme tout. Une autre chose s'emflamma dans le coeur de Rudolf à la vue des deux, et il ne savait pas si c'était sa haine intense envers son propre frère ou la beauté de la soeur de Bertie qui l'enfiévrait ainsi. Charles n'avait rien d'un grand frère pour lui. Il avait toujours été distant, toujours hautain, toujours dignement cruel. Rudolf se souvenait encore des humiliations qu'il avait du supporter au fil des ans, humiliations imposées par Charles, humiliations barbares, chantage et intimidation réguliers inclus. Charles le poussait des escaliers, ne le laissait jamais gagner à rien, au football, au polo, aux échecs, sinon il se mettait dans une telle colère que, le lendemain matin, la chambre de Rudolf était dévastée comme par un ouragan et lorsqu'on accusait Charles, ce dernier manipulait la situation d'une telle façon que, à la fin, c'était toujours un domestique qui en était blâmé. Sa tête remplie de ces mémoires dégoûtantes, Rudolf savait qu'il devrait faire quelque chose, vite, maintenant, loin de Bertie et d'Amelia, il devrait donner une belle leçon à Charles, et ainsi il aurait Amelia pour toujours et cette fois, l'humilié serait Charles Winston Blok Bowes et non lui.

RUDY (approchant sa jument du couple) – Charles?
CHARLES – Qu'est-ce que tu veux, hm?
RUDY – J'ai vu Maya se balader dans la forêt. Elle vient de mettre bas.

Si il y avait quelque chose qui tenait Charles à coeur, à part lui-même bien sûr, c'était sa chienne, Maya – une Welsh Corgi, bien entendu, la famille en raffolait. Dès qu'il entendu son nom, le teint de son visage changea complètement, l'expression de ses yeux aussi: d'un ennui calme et contenu elle morpha à l'excitation. Des chiots! C'était magnifique, il pourrait les vendre, en faire un peu d'argent, avoir un peu d'argent de poche. C'était sans doute ce que l'imbécile allait faire, se dit Rudolf tandis qu'il fit signe à Bertie de l'attendre et inclinant sa tête pourpre légèrement en passant devant Amelia, qui lui sourit. Ah, ce sourire... Oui, ce sourire vallait bien ce qu'il pensait faire à Charles. Il aura ce sourire pour le restant de ses jours si tout ce passait comme il prévoyait dans sa tête. Charles se mit en marche d'un pas rapide, presque courrant, vers la petite forêt, alors que Rudolf lui suivait tranquillement, savourant déjà sa victoire. Ils entrèrent dans les bois, la jument de Rudolf courbant sa belle tête légèrement afin de passer sous les branches d'arbres. Il fallait maintenant emmener Charles jusqu'au lac, ce joli lac aux eaux claires où, des années auparavant, lorsque Rudolf avait cinq ans, son oncle Edgar s'était noyé, sûrement ivre, sûrement drogué également. Il avait entendu parlé des « exploits » de son oncle maternel et, pour lui, il restait un homme extrêmement intéressant, un excentrique, quelqu'un comme Bertie, avec qui il aimerait bien se tenir. Mais le destin avait voulu autrement.

« Elle est où, ma Maya? » dit Charles. « Maya! Maya! » « Allons voir près du lac. » Dès que Charles mit pied par accident dans une nappe d'eau échapée du lac, Rudolf descendit de sa jument et approcha de lui par derrière. Il mit son bras autour de son cou alors que, avec l'autre, il sortit de sa poche sa baguette magique. Il savait qu'il ne pouvait l'utiliser en dehors de l'école, mais ce n'était que pour effrayer l'idiot qui, en la voyant, commença à trembler comme une feuille prise dans le vent. « Si tu cries, je te tranche la tête, » murmura Rudolf dans son oreille. Il se sentait comme un des méchants qu'il voyait dans des émissions et des films moldus. « Ne me fais pas du mal, Rudy! » gémit Charles, mais même dans cet état il percevait dans sa voix de la condescendance et voulut l'étrangler pour cela. « Non, mais- qu'est-ce que tu fous? T'as fini par perdre la tête ou quoi? » Et alors Rudolf se mit à l'entraîner vers le lac qui, maintenant, ne se tenait qu'à deux mètres d'eux. Charles se mit à se débattre dans ses bras, mais lorsque Rudolf fourra le bout de sa baguette magique profondément dans son bras, il s'arrêta, pensant sûrement que, de quelque façon que ce soit, il allait mourir, être tué par son petit frère. Et pendant tout ce temps, le coeur de Rudolf n'arrêtait de se battre avec une joie étrange: la frayeur dans les yeux de son frère le rendait heureux, presque. Il en était tellement heureux qu'il se mit à rire, un rire glaçant, tandis que des larmes apparaissaient sur les joues blafardes de Charles. L'eau léchait ses cheveux sombres. « Rudy, Rudy... » Il se mit à sangloter. « S'il te plaît, Rudy... » Avec un dernier petit rire, Rudolf le submergea dans le lac. Ce n'était pas une tâche facile, mais il avait des bras assez solides pour garder Charles sous l'eau. Il entendait les bulles qui sortaient de sa bouche et, un sourire sur son visage, il l'enfonça encore plus profondément dans l'eau.


« Lord Rudolf, que faites-vous? » vint une voix derrière lui, une voix de femme, une voix essouflée. « Oh! mon Dieu, Rudolf! Que faites-vous? » Il se retourna, lâchant les épaules de Charles qui sortit immédiatement de l'eau en halètant: derrière lui se tenait Amelia, sa poitrine se soulevant – elle avait courru jusqu'à eux et, voyant ce que Rudolf faisait, ses yeux s'étaient agrandi d'un air horrifié. Charles rampa dans l'eau, dans la boue, jusqu'à un coin d'herbe sèche et s'y laissa tomber. « Amelia, lady Amelia, » commença Rudolf, mais il ne savait plus quoi dire. Il se leva. Son pantalon était trempé et ses joues avaient prises une couleur aussi flamboyante que sa chevelure. « Lady Amelia, ce n'est pas de ma faute... » Entre-temps, Amelia s'était jetée sur Charles, étendu inerte au sol, et avait mis sa tête sur sa poitrine. « Imbécile! Il n'est plus conscient! Charles, Charles, réveille-toi, Charles, je t'en prie! » « Amelia! » Et il prit sa main et l'éloigna de force de Charles. « Amelia, laisse-le, il ne te mérite pas, il ne mérite personne! » « Lâche-moi, idiot! » « Amelia, je t'aime, je t'aime! » « Connard, regarde ce que tu as fait à ton frère! Il va mourir à cause de toi! » « Qu'il meure, je m'en fiche bien! Il ne t'aime pas, Amelia, il aime seulement lui-même, il est imbu de lui-même, il ne pourra jamais t'aimer! Moi, je t'aime, je t'aimerai pour toujours... tu le sais! » « Tais-toi et fiche-moi la paix, Rudy! » Amelia se mit à pleurer et il voulait tellement sécher ses larmes, embrasser ses joues, ses lèvres, son cou blanc... Au bout d'une colère nouvelle – car qui osait refuser à lui, Rudolf? – il se retourna et, les yeux pleins de larmes, commença à courir vers le manoir. Il se heurta à quelque chose lorsqu'il passait près d'un arbre et tomba en arrière, sur le sol; levant sa tête, il vit la seule personne qu'il ne voulait apercevoir à cette heure sombre, se tenant au-dessus de lui comme un admirable dieu grec, un dieu au visage affligé d'une peine inconsolable.

« Va te faire foutre, espèce de chien. » Rudolf reçu du crachat sur le visage. Le temps qu'il l'enlève, Bertie avait déjà disparu avec un crack sonore.

*L'amour que la Mort a scellé, ni l'âge peut refroidir, ni l'ennemi voler, ni le mensonge renier. Une traduction plus ou moins littéraire.


Dernière édition par Rudolf Blok le Lun 20 Juin - 22:13, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar




MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Sam 18 Juin - 5:21

L'ACTE V EST EN JEU...
    I like too many things and get all confused and hung-up running from
    one falling star to another till i drop. This is the night, what it
    does to you. I had nothing to offer anybody except my own confusion.

    Jack Kerouac



Rudolf ne croyait plus véritablement à l'amour. Pas à l'amour d'une mère, ni à l'amour d'un père, d'un parrain, d'un oncle, d'une tante, d'un cousin, d'une soeur, d'un frère. Il ne croyait plus à l'amour d'un ami et, surtout, à l'amour chanté dans les ballades, écrit dans les romans, dansé dans des ballets, joué dans des films: l'amour romantique, cet amour qui avait existé entre Tristan et Iseult, Roméo et Juliette, Ulysse et Pénélope, Dalí et Gala, Aragon et Elsa. Non, cet amour, il n'existait point pour lui, il s'était éteint avec le crack bruyant de Bertie qui s'est enfui loin de lui. Il ne comprenait toujours pas ce qui s'était passé, cette dernière journée d'été, mais lorsqu'il en revoyait les images filer devant ses yeux, lorsqu'il revivait cette sensation de joie sadique, il voulait cogner sa tête contre un des murs extérieurs de Laurens Hall pourqu'elle craque, que du sang s'en coule abondamment, qu'il meure, qu'on l'oublie pour toujours. Peut-être, s'il se tuait, Bertie aurait pitié de lui, enfin, et il oublierait ses paroles blessantes envers lui et son crachat et, peut-être même, il retrouverait son amour pour lui. Mais Rudolf était trop peureux pour faire quelque chose, et l'été se termina, il entama sa huitième année à Poudlard avec le regard de quelqu'un qui assistait aux obsèques de son père, il assistait à ses cours sans enthousiasme et, comme toujours, ne savait pas quoi faire de sa vie dans le futur, mais cette fois-ci il s'en fichait quasiment, il voulait juste rentrer dans sa chambre et dormir, dormir, dormir, dormir, puis se réveiller, bouffer quelque chose, et continuer de dormir, peut-être pleurant entre-temps lorsque personne était dans les alentours. Lorsqu'il se couchait, ses pensées le transportaient toujours à ces journées ensoleillées d'été, où l'air l'étouffait délicieusement, où Laurens Hall résonait avec leurs cris et la mélodie de son piano jouant du Satie, du Prokofiev, du Rachmaninoff, du Philip Glass, où les nuits étaient faites pour autre chose que de dormir, où la fontaine étaient à eux pour s'y baigner, où les paroles des grands poètes vibraient dans l'air de la soirée, où ils restaient jusqu'aux heures du matin à faire n'importe quoi, mais du n'importe quoi qui avait du sens, de l'espoir, une signification. Tout cet été avait un sens, de son commencement, ce momemt où ils s'étaient rencontrés au bal, jusqu'à sa fin terrifiante. Après l'été sa vie ne pouvait se résumer qu'en quelques petites choses bien stupides: l'alcool et ses aventures d'un soir, sans lendemain, du sexe brutal sans but avec tout le monde, n'importe qui, pourvu qu'il soit beau. Et, les soirs, lorsque son Corgi Byron, auparavant sans-nom et qu'il avait nommé en honneur de cette journée avec Bertie, sautait sur son lit pour dormir dans les draps de son maître, ce dernier écrasait son visage dans son oreiller pour que personne n'entende ses pleurs. Des fois, il se demandait ce qui allait devenir de lui, dans cette école que Bertie avait jadis fréquentée...





Dernière édition par Rudolf Blok le Lun 20 Juin - 23:17, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
You sold your soul to feed your vanity, your fantasies, & lies.


▌Citation :
Il n'y a qu'un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. Un monde ainsi constitué est le monde réel. Nous avons besoin de mensonges pour conquérir cette réalité, cette "vérité".NIETZSCHE

▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 18 ans
▌Année : Huitième
▌Maison : Serpentard
▌Sang : Impur
▌Humeur : lost.
▌Crédit(s) : Ava (c) texas-flood & icon (c) Fox

AND MORE...
▌Relations:

MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Sam 18 Juin - 7:48

Hello, bienvenue sur Crac' love à ce que je vois, ta fiche est déjà bien avancée. Dans tous les cas, je te réserve ton avatar. Tu as sept jours pour finir ta fiche, mais si tu as besoin d'un délai supplémentaire (sachant qu'en ce moment, il y a encore des malchanceux qui doivent subir le bac ou autres exams) il suffit simplement de prévenir. Et si tu as des questions, n'hésite pas à me MPotter, je me ferai une joie de répondre à tes questions. Bon courage pour ta fiche et à bientôt en jeu hug

PS: si mon message gêne, vu que t'as prévu de faire une fiche très longue, n'hésite pas à le dire, et je le virerai en bonne et due forme =)

_____________________________________

Alice M. Ewing
Mais je vois à cet œil tout chargé de tempêtes, que ton cœur n’est pas fait pour les paisibles fêtes, et que cette beauté, sombre comme le fer, est de celles que forge et que polit l’Enfer, pour accomplir un jour d’effroyables luxures,et contrister le cœur des humbles créatures. BAUDELAIRE.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
    « Crève en silence, ce sera plus beau. »


▌Citation :
Entre la folie et l'intelligence.
▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 16 ans (15 juillet)
▌Année : 6 eme
▌Maison : Serdaigle
▌Don(s) : : Loup-Garou
▌Sang : Mélé
▌Humeur : Dingue
▌Poste au Quidditch : Gardienne.


AND MORE...
▌Relations:

MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Sam 18 Juin - 11:06

    Bienvenue par ici. Bonne chance pour la continuation de ta fiche, tu nous en prépares une énorme O.o Couraaaage ! hug
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://cracbadaboum.keuf.net/t2936-m-march http://cracbadaboum.keuf.net/t3447-boite-de-mercredi http://cracbadaboum.keuf.net/t3536-mercredi-march
avatar



▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 17 ans
▌Année : 7ème année
▌Maison : Poufsouffle
▌Sang : Mélé
▌Humeur : Joyeuse
▌Crédit(s) : kebeo

AND MORE...
▌Relations:

MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Sam 18 Juin - 12:53

Alice et Mercredi ont tout dit. A mon tour aussi de te souhaiter la bienvenue, bonne chance pour la rédaction de la fiche et tout ce qui va avec. Ta célébrité t'a été réservé et le code du règlement validé =)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar




MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Lun 20 Juin - 23:20

Voilà, j'ai terminé! Merci pour cet accueil chaleureux =)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
You sold your soul to feed your vanity, your fantasies, & lies.


▌Citation :
Il n'y a qu'un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. Un monde ainsi constitué est le monde réel. Nous avons besoin de mensonges pour conquérir cette réalité, cette "vérité".NIETZSCHE

▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 18 ans
▌Année : Huitième
▌Maison : Serpentard
▌Sang : Impur
▌Humeur : lost.
▌Crédit(s) : Ava (c) texas-flood & icon (c) Fox

AND MORE...
▌Relations:

MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Mar 21 Juin - 22:00

C'est noté =) Je m'occupe de toi demain matin, quand j'aurai les yeux en face des trous.

_____________________________________

Alice M. Ewing
Mais je vois à cet œil tout chargé de tempêtes, que ton cœur n’est pas fait pour les paisibles fêtes, et que cette beauté, sombre comme le fer, est de celles que forge et que polit l’Enfer, pour accomplir un jour d’effroyables luxures,et contrister le cœur des humbles créatures. BAUDELAIRE.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
You sold your soul to feed your vanity, your fantasies, & lies.


▌Citation :
Il n'y a qu'un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. Un monde ainsi constitué est le monde réel. Nous avons besoin de mensonges pour conquérir cette réalité, cette "vérité".NIETZSCHE

▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 18 ans
▌Année : Huitième
▌Maison : Serpentard
▌Sang : Impur
▌Humeur : lost.
▌Crédit(s) : Ava (c) texas-flood & icon (c) Fox

AND MORE...
▌Relations:

MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Jeu 23 Juin - 21:16

Ce fut long, mais j'ai tout simplement adoré ta fiche. Rudy est un personnage très intéressant, il me tarde de le voir en action. Cela va de soi, j'exige un lien, en tant que Serpentard de sang impur et un poil mégalo sur les bords. Le choixpeau ne va pas tarder à passer

_____________________________________

Alice M. Ewing
Mais je vois à cet œil tout chargé de tempêtes, que ton cœur n’est pas fait pour les paisibles fêtes, et que cette beauté, sombre comme le fer, est de celles que forge et que polit l’Enfer, pour accomplir un jour d’effroyables luxures,et contrister le cœur des humbles créatures. BAUDELAIRE.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar



▌Crédit(s) : Fae

MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   Jeu 23 Juin - 21:24

Tu as de l'ambition à revendre.
Mais tu as encore tellement à apprendre.
Le chemin vers la grandeur est long et sinueux,
Et il te faudra vivre bien des péripéties si tu espères figurer parmi eux.
Tu détestes rester dans l'ombre, tu as besoin d'être remarqué.
Sans nul doute, Serpentard t'aidera à te démarquer.

Ta validation fait remporter 20 points à Serpentard, on en a bien besoin, nous qui sommes en sous-effectif. Bon jeu parmi nous, et rebienvenue :)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé





MessageSujet: Re: rudy • run far away and don't ever look back   

Revenir en haut Aller en bas
 

rudy • run far away and don't ever look back

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Cracbadaboum; Une malédiction, des sorciers. Oserez-vous ? ::  :: «Let the Sorting Hat decide your destiny.» :: Avada Kedavra-
Créer un forum | © phpBB | Forum gratuit d'entraide | Signaler un abus | Forum gratuit