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 tu es tombé dans le piège, le nez dans la neige. andrew.

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You sold your soul to feed your vanity, your fantasies, & lies.


▌Citation :
Il n'y a qu'un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. Un monde ainsi constitué est le monde réel. Nous avons besoin de mensonges pour conquérir cette réalité, cette "vérité".NIETZSCHE

▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 18 ans
▌Année : Huitième
▌Maison : Serpentard
▌Sang : Impur
▌Humeur : lost.
▌Crédit(s) : Ava (c) texas-flood & icon (c) Fox

AND MORE...
▌Relations:

MessageSujet: tu es tombé dans le piège, le nez dans la neige. andrew.    Ven 1 Juil - 1:03


T'es tombé dans l'piège,
Le nez dans la neige,
En route vers le paradis
Tu parles d'un héros,
Fauché en plein galop
Et dire que tout le monde applaudit.
ZAZIE. RODÉO.
Depuis que les fêtes de Noël se profilaient, je me sentais légèrement mélancolique. J’avais oublié à quel point les festivités annoncées me laissaient indifférente, tout comme ces joyeux babillages à propos des vacances en famille avaient tendance à m’irriter. Au final, la période des fêtes de fin d’année me rendaient plutôt morose. Sans doute parce que je me disais, pour la énième fois, que j’allais passer les fêtes de noël en solitaire, faute d’avoir une famille pour m’accueillir. Parce qu’il était absolument hors de question que je retourne dans l’orphelinat où j’avais grandi. Les raisons, en elles-mêmes, étaient plus qu’évidentes. J’avais trop changé pour pouvoir continuer à fréquenter des enfants, parfois jeunes. J’étais dangereuse, psychologiquement instable, et sous la surveillance du Ministère. Retourner dans le monde Moldu, là d’où je venais probablement, serait donc pure folie. Pure folie…je n’étais plus à ça près, n’est-ce pas? Oui mais voilà, il était inutile de rajouter une énième folie à mon palmarès tristement rempli. Et, toute folie mise à part, je n’avais simplement pas envie de retourner là où j’avais croupi des années durant, rêvant à un ailleurs, à un avenir un peu plus glorieux qu’être une parmi tant d’autres. J’avais eu assez d’être de ces anonymes sans visage, tout juste nommément désignés, sans passé, sans avenir, juste assortis d’un présent, un présent sans aucune couleur, sans aucune saveur, prisonnier d’une monotonie triste à pleurer. Dire que j’aimais ma vie serait un mensonge, en mon for intérieur, j’avais toujours rêvé d’avoir des parents avec lesquels je m’engueulais parce qu’ils m’avaient prise en train de fumer dehors, ou encore parce que je n’effectuais pas les tâches ménagères comme il le fallait, mais aussi parce que je ramenais des mauvaises notes à la maison. J’aurais aimé avoir une sœur sur qui j’hurlerais parce qu’elle me piquerait mes vêtements, ou un frère avec qui je passerais le temps à me chamailler. Oui, mais ce n’était qu’un rêve de gamine, dont les chances pour qu’il se réalise étaient moindres. Et en ces fêtes de Noël, là où les temps étaient propices aux retrouvailles familiales, je me demandais si la légende était vraie, si en cette période tous les vœux ou presque pouvaient se réaliser. Pour une fois, j’aurais été tentée de mettre mon sempiternel cynisme de côté et lancer une pièce d’or dans la fontaine, mais je n’en fis rien. À la place, je me contentais de regarder sa surface glacée, mes yeux ambrés perdus dans ma mélancolie.

Un frisson insidieux et glacé me parcourt l’échine, tandis que je m’enlace de mes bras. Nous étions en plein hiver, et pourtant, je me promenais simplement vêtue d’une chemisette. J’avançais maladroitement dans la neige, frissonnant de plus belle. Mais je ne frémissais pas à cause du froid. La température hivernale n’y était pour rien, pas plus que la neige qui continuait à tourbillonner dans le ciel. Le froid était intrinsèque à ma personne. Il résultait d’une alchimie d’émotions, toutes aussi diverses et étranges les unes que les autres. Ces émotions que j’avais enterrées au plus profond de mon être, et que j’avais pensé ne plus pouvoir ressentir un jour. Elles ressurgissaient par intermittence, et prenaient des formes diverses et variées. Bien sûr, il y avait l’amertume, partout présente, résultant de cette éternelle solitude et de ce manque évident de points d’attache, mais aussi les regrets, le doute, les remords parfois. Toutes ces émotions m’affaiblissaient, écorchaient mon cœur déjà bien noir, comme de la suie. Je ressentais, je souffrais. J’avais peur, aussi. C’était la marche, la marche vers l’humanité. Et l’humanité tremblait de me voir arriver, elle tremblait de ce que j’avais été, et de ce que j’aurais pu être. Mais ce qu’elle ne savait pas, c’est que j’étais en quête de rédemption. J’espérais encore que mon âme soit sauve, quand bien même elle aurait été d’ores et déjà damnée par les crimes que j’avais commis. J’étais de ces personnes qui avaient mal démarré dans la vie, et dont le parcours chaotique avait été de mal en pis. À l’époque où je suivais Sezuan, qui n’était pas si lointaine, j’avais osé espérer que ma vie prenne un nouveau tournant, un tournant qui s’inscrive tant dans la gloire que dans l’extraordinaire déchéance. Un duo à la Bonnie et Clyde, la vie de fugitif, le fantasme d’un millier de personnes. Et comme tout fantasme, celui là était un poil absurde. Parce qu’à côté de l’adrénaline procurée par la cavale, il y avait la peur, celle que tout s’arrête, celle de se faire attraper. Cette peur, je l’avais vécue, parce que je savais ce qui m’attendait si l’on venait à nous trouver. Sans Sezuan, jamais je n’aurais pu sortir de Ste Mangouste. Oui mais sans Sezuan, sans doute n’en aurais-je pas été là, aussi hantée, aussi perdue. Aussi rongée par l’acide de mes regrets. Sans Sezuan, je n’aurais jamais connu l’aventure de ma vie, cette folle chevauchée. Et il m’a fallu cette aventure pour que je comprenne que vivre sur les chapeaux de roues n’était pas ce que je désirais, j’aspirais à une vie bien plus tranquille, je voulais retrouver mon cher et tendre anonymat, qui n’était plus qu’un souvenir, dilapidé dans les journaux, parfois à vocation sérieuse, parfois à scandales.

Je lève la tête vers le ciel, sentant les flocons de neige effleurer mon visage en une caresse glacée. Je crois bien que je commence à grelotter. Et toujours cette sensation glaciale, qui persistait. Mon corps qui restait de marbre, mais mon cœur qui était fragile comme du cristal. Un cristal qui pouvait se rompre sous l’effet d’un chant trop aigu, sordide air d’opérette, habilement interprété par l’odieuse soprano, incapable de susurrer des mots tendres. Et ces mots me martelaient sans cesse l’ignoble sentence, se délectant de ma culpabilité, virulent cancer qui me rongeait jusqu’à la moelle. Je suis debout, sur le bord de cette fontaine, audacieuse funambule. L’eau trempait mes vêtements trop légers pour la saison, et noyait mes cheveux. Le froid se faisait plus mordant que jamais. Je lève les bras, comme pour faire une offrande à une divinité céleste. Je ferme les yeux, bien plus humide qu’il n’était raisonnable. Il n’y avait rien de mieux à faire pour attraper la mort. Mais peut-être que je l’attendais, la faucheuse. Ce spectre glacial et hurlant qui m’emporterait après une forte fièvre, pour refroidir brusquement la chair brûlante et putride. Oui, c’était comme ça que ça devait finir. Une fin trop sinistre, en soi. Mais pour moi, c’était une fin heureuse. Alors, je souriais, au beau milieu de ce tourbillon de neige. Je vais pour me déplacer sur le côté, mais mon pied rencontre une plaque de verglas. Je dérape, je vois le sol se rapprocher dangereusement. Je tombe, sans pouvoir me retenir. J’atterris, nez dans la neige, les bras en croix. La joue reposant contre le duvet cotonneux et glacé. La douleur ronge la chair tendre de mes genoux, je crois bien que dans ma chute, je me suis blessée le genou. Ma plaie me lance, mais je n’en ai cure. Je serais bien restée ainsi allongée dans la neige, si je n’avais pas peur de me retrouver ensevelie si les flocons continuaient à tomber de la sorte. Mais la neige, ça anesthésie. Alors, j’aurai moins mal. Quitte à ressembler à une éponge, autant que la transformation reste indolore. C’est en ce sens que l’hiver devenait soudainement plus attrayant, bien au-delà des fêtes de Noël qui annonçaient une période des plus funestes.

HJ: Et un gage de fait, un. Le deuxième s'en vient.

_____________________________________

Alice M. Ewing
Mais je vois à cet œil tout chargé de tempêtes, que ton cœur n’est pas fait pour les paisibles fêtes, et que cette beauté, sombre comme le fer, est de celles que forge et que polit l’Enfer, pour accomplir un jour d’effroyables luxures,et contrister le cœur des humbles créatures. BAUDELAIRE.
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▌Crédit(s) : Ava by Babine

MessageSujet: Re: tu es tombé dans le piège, le nez dans la neige. andrew.    Mer 12 Oct - 15:24

    La neige. Brrrr ! Pas cette foutue neige qui l’avait effrayé dès le premier jour. Il avait découvert que cette chose qui tombait du ciel était complètement gelée. Cette chose était de l’eau sous la forme glacée. Bref, il n’aimait pas la neige sauf lorsqu’il était bien au chaud dans le château. La neige était une chose bien étrange à ses yeux. Il avait toujours résidé en Italie loin de la neige. La première fois qu’il en avait vu, il avait pointé son nez dehors pour rentrer à nouveau à l’intérieur auprès de la cheminée. Il n’avait pas retenté le coup avant un bon moment. Andrew avait mieux à faire que de tenter d’aimer les plaisirs de l’hiver. Mieux à faire en quoi ? Se cacher de sa propre mère qui se trouvait au manoir Dangelo tandis qu’il était à Poudlard ? Se cacher des femmes qui l’attiraient ? De s’occuper pour ne pas craquer pour une femme et les désirs humains ? wow ! Belle vie, n’est-ce pas ? Une vie de… de rien. Une vie de lâche. Une vie horriblement ennuyante. Il était d’un ennui mortel. Personne ne voudrait vivre à ses côtés. Personne ne voudrait être lui. Il était un garçon sans vie qui était terrifié par sa mère. Comment pouvait-il être terrifié par celle qui lui avait donné la vie ? Il était effrayé par l’idée de se faire battre. Chaque jour de sa petite vie d’enfant, il avait vu cette horrible main s’élever au-dessus de lui et s’abattre sur l’une des parties de son corps parfois à répétition. Maintenant qu’il était grand, rien n’avait changé. Sa mère lui infligeait toujours des sévices corporels. Le pire dans tout cela, c’était qu’il était beaucoup plus fort qu’elle. Il avait trop de respect pour la femme pour devenir l’homme violent qu’il était supposé être au fond de lui. Cet homme viril qui serait le premier à se faire respecter, car il était un homme. Il était le plus fort. Andrew devait trouver la force de dire non. Il devait trouver cette force au plus profond de lui-même. Sa mère n’était qu’une femme dans la raison. Les femmes étaient sujets de mépris à cause d’Ève qui avait flanché pour la pomme pour attirer le démon… Elle était la fautive. Des conneries ! Andrew ne croyait plus vraiment en ce dieu qu’il était forcé d’aimer et d’y croire. Il avait cru dans les moments difficiles sans recevoir de réponse en retour. Le dégout était venu s’immiscer pour son amour envers cet être supérieur qu’il n’avait jamais vu. Andrew avait déjà cru. C’était un croyant dans son passé alors qu’il entrait à peine à Poudlard, la foi était partie. Pourquoi ? Il avait vu. Il avait vu les gens communs. Il les avait aimés, même s’il était différent des autres par ses croyances. Il voulait partir loin maintenant de sa religion. Si un jour la foi lui revenait, il aurait honte face à son dieu et se damnerait toute sa vie.

    Pour revenir à cette foutue neige qu’il haïssait tant, il avait aperçu au loin l’une de ses uniques amies qui ne forçaient à rien. Il l’aimait malgré ce qu’elle avait fait et malgré ce que les gens pouvaient bien dire à son sujet. Alice avait une place bien spéciale dans le cœur d’Andrew. Il lui pardonnait tout ce qu’elle avait fait. Il croyait en elle. Il ne voyait pas le mal qui l’habitait. Pourtant, elle était sortie par ce temps froid sans manteau. Elle marchait mécaniquement. Voilà, la foutue hiver qu’il devait affronter pour elle. Il n’avait pas l’habitude à emprunter sans demander les choses des autres, mais il vola la veste délaissée tout prêt de lui. La personne l’avait surement égarée par mégarde, mais il devait s’en servir pour la rattraper. Elle ne devait pas attraper froid. Andrew se souciait d’elle. Il aimait Alice. Il ne l’aimait pas comme il aimait Aaliyah, mais il aimait beaucoup Alice. Elle était là quand il avait besoin d’elle. Il en ferait autant pour elle, même plus. Andrew voulait sauver l’âme d’Alice. Il croyait en elle. Il croyait aussi que dans ses moments les plus durs, elle avait été forcée de suivre une personne plus forte de caractère pour elle qui la changer à jamais. Il n’avait jamais osé croire qu’elle était totalement mauvaise. Andrew marchait rapidement derrière elle. Il voulait la rattraper pour la faire entrer. Elle n’était pas habillée chaudement. Elle était cinglée. La neige, c’est froid. La neige, c’est horrible. Les engelures, il ne vous en parlait même pas. La neige, c’était cruelle. Il la voyait de loin s’arrêtant pour l’observer d’un œil inquiet. Que faisait-elle ? Elle avait regardé vers le ciel. Elle avait aussi rebaissé ses bras pour finir la tête première dans neige. Pourtant, elle ne bougeait plus. Andrew se précipita vers elle. « Aliiiiiiiiiice, Aliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiice…. !!! » dit-il en se laissant tomber à genou à ses côtés. Il vérifia son pouls au cas où elle serait morte. Il mit Alice sur le dos voyant qu’elle avait toujours un pouls régulier. « Mais qu’est-ce que tu fais … ? Tu dois être morte de froid. Aliiiiiice ! t’es cinglée. Aaaaaaaah tu m’as fait des trucs ignobles. Tu n’es pas cinglée, mais … qu’est-ce que tu fais coucher dans la neige ? La neige ! » Il se calma un instant pour la forcer à se lever. Il mit sur les épaules d’Alice la veste volée. Elle avait surement plus froid que lui. « Rentrons avant que nous soyons malade, si tu ne l’es pas déjà… » dit-il en la regardant toujours d’un œil inquiet.
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Il n'y a qu'un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. Un monde ainsi constitué est le monde réel. Nous avons besoin de mensonges pour conquérir cette réalité, cette "vérité".NIETZSCHE

▌Clan : Avec moi-même, ça en fait moins à trahir.
▌Âge : 18 ans
▌Année : Huitième
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MessageSujet: Re: tu es tombé dans le piège, le nez dans la neige. andrew.    Jeu 15 Déc - 16:10

Le froid continuait à me mordre, et la neige continuait à tomber. Mes lèvres tremblaient sous l’effet des frissons qui parcouraient insidieusement ma peau. J’aurais voulu me relever, pour prouver au monde entier que j’étais capable de me relever après avoir chuté, mais j’en étais incapable, mes membres étaient engourdis par la température qui flirtait avec le négatif. Alors, j’étais condamnée à rester le nez dans la neige, jusqu’à ce qu’une bonne âme ne daigne venir me sauver. Si ça se trouvait, j’allais réellement mourir ici, personne ne se préoccupait vraiment de moi, à Poudlard. Ce n’était donc pas comme s’ils allaient s’inquiéter de mon absence. Enverrait-on seulement me chercher? Une mèche de cheveux bruns et trempés me tomba devant le visage, sans que je ne fasse quoi que ce soit pour l’en chasser. J’étais gelée, ankylosée, je ne sentais plus mes doigts, ni même mes orteils. Et pourtant, j’allais devoir me relever. Parce que rester ici serait de la pure folie. Je respirais encore. Mais mon souffle se raréfiait de minute en minute. « Aliiiiiiiiiice, Aliiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiice…. !!! » Une voix qui se perdait dans la tempête. Une voix lointaine, tremblante. Une voix que je connaissais. Une voix à laquelle j’aurais voulu répondre, mais je ne pouvais pas. Par la force des choses, j’étais devenue muette. Parce que si j’avais pu parler, j’aurais crié tout ce que j’avais sur le cœur, tout ce qui me rongeait de l’intérieur. J’aurais voulu hurler toute cette injustice, mais mon cri resta bloqué quelque part entre mes tripes et mes lèvres. Étais-je morte? En tout cas, je n’en étais pas loin. Quelqu’un venait de s’agenouiller à mes côtés. C’est ça! Alice Ewing est en train de crever, ça t’en bouche un coin, hein? Qui disait, déjà, que j’étais comme les mauvaises herbes, que j’étais increvable? Mon esprit était trop troublé pour reconnaître qui que ce soit, aussi je ne savais pas qui s’était agenouillé à mes côtés pour venir me palper le poignet. «  Mais qu’est-ce que tu fais … ? Tu dois être morte de froid. Aliiiiiice ! t’es cinglée. Aaaaaaaah tu m’as fait des trucs ignobles. Tu n’es pas cinglée, mais … qu’est-ce que tu fais coucher dans la neige ? La neige ! » La neige? C’était donc ça qui me dévorait l’épiderme, qui engendrait ce froid mortel. Ce que j’y faisais? Je ne saurais pas répondre. Je ne savais pas. Je ne savais plus. L’instant d’avant, j’étais encore debout, sur mes deux pieds. Puis maintenant…maintenant…je ne savais pas davantage. Maintenant, j’étais sur le dos. Et je voyais très bien qui venait de me tirer d’affaire, bravant la tempête pour venir me chercher. Pour moi, rien que pour moi.

Alors, mes lèvres remuèrent, pour laisser échapper un prénom. « Andrew. » Andrew si bon, si gentil, bien naïf parfois, et qui se mettait en quatre pour moi alors que je ne le méritais pas. Je ne méritais pas qu’on me traitât avec tant d’égards. Je méritais seulement qu’on me laissât là, qu’on m’oublie ici et qu’on n’en parle plus. La page Ewing devait être tournée. Mais Andrew n’avait pas l’intention d’abandonner. C’était un Poufsouffle, et les Poufsouffle n’abandonnaient jamais. Par Merlin, comment pouvait-on être loyal à ce point? Pourtant, je ne faisais pas beaucoup d’efforts, je ne m’investissais jamais, dans mes relations tant amoureuses qu’amicales. Je les laissais volontairement s’effilocher. Pourtant, Andrew s’accrochait autant qu’il pouvait, il n’avait pas été désarçonné par la première violente embardée que j’avais fait, il était resté, envers et contre tout. Et par-dessus le marché, il venait de me couvrir d’une veste. L’attention était sincère, l’attention était adorable, mais elle était inutile, tout était inutile. Une simple veste ne suffirait pas à me tenir chaud, qu’on m’expédie dans le désert de Gobi non plus, c’était à l’intérieur que j’avais froid, mon épiderme, lui, était complètement inerte, dénué de sensation, dénué de toute terminaison nerveuse. Je n’avais pas seulement froid, j’étais engourdie, paralysée, même. Je voulais bouger, mais je ne le pouvais pas. C’était aussi simple et aussi compliqué que cela. « Rentrons avant que nous soyons malade, si tu ne l’es pas déjà… » être malade était vraiment le cadet de mes soucis. Parce que si j’étais malade, cela voudrait dire que j’étais encore en vie. Et rentrer, je le voudrais bien, mais j’étais incapable de faire le moindre mouvement. Avant de tomber, j’étais déjà frêle, cassée, cabossée, et après ma chute, j’étais encore plus déglinguée, encore plus en morceaux. Et ma voix était à l’image du reste, rauque, cassée, trop faible pour être audible. « Je…je suis tombée. » je parvins à murmurer, au prix d’un gros effort. D’un effort surhumain, même. d’un effort qui m’avait presque coûté toute mon énergie. Mes lèvres tremblaient, tout comme le reste de mon corps. J’étais trempée, jusqu’aux os, la neige avait fini par fondre et mouiller mes vêtements, qui me collaient au corps, faisant apparaître ma silhouette chétive et filiforme. J’étais pâle, fantomatique. Je n’étais plus que le reflet de mon être. J’avais peur, même de mon ombre. « je ne sais plus…ce qui s’est passé. » Je ne sais plus, Andrew. Et toi, as-tu vu? As-tu vu les instants qui ont précédé ma chute, détiendrais-tu des éléments susceptibles de m’éclairer sur mon sort? Mon pauvre sort, ma damnation, si chèrement acquise? Je m’étais cognée la tête, il est vrai. Mais le choc avait-il été suffisant pour réduire à néant ma mémoire courte, effacer le souvenir des derniers instants? Sérieusement, j’en doutais. J’étais juste trop secouée par les récents évènements. Et accessoirement, j’avais l’esprit engourdi par le froid. Finalement, le locked-in syndrome n’aura duré qu’un temps. Quelques courtes et pénibles minutes, en réalité. « et je ne peux pas bouger. » j’avouai, dépitée. Dépitée, c’était le mot. Dépitée d’en être rendue à l’état de loque humaine, dépitée de m’être laissée avoir de la sorte. Dépitée d’être aussi faible, aussi démunie. C’était l’histoire d’une petite fille qui se croyait invincible, et qui s’était suicidée en se jetant du haut d’un trottoir.

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Alice M. Ewing
Mais je vois à cet œil tout chargé de tempêtes, que ton cœur n’est pas fait pour les paisibles fêtes, et que cette beauté, sombre comme le fer, est de celles que forge et que polit l’Enfer, pour accomplir un jour d’effroyables luxures,et contrister le cœur des humbles créatures. BAUDELAIRE.
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